CHAPITRE XXXIII
mirai , qui ne pouvait manquer d'entendre de temps à autre d'importantes conversations. Le premier vent qui me vint de l'affaire fut un jour que le vieux sir John interpella sir Isaac après la seconde bouteille. — Dites donc , sir Isaac, demanda-t-il, comment le courrier espagnol a-t-il péri .'' — De par Dieu ! ce n'est pas moi qui l'ai tué , répliqua sir Isaac ; je l'ai seulement laissé pour mort. Puis , tous deux éclatèrent de rire , et Nelson qui était attablé avec eux en fit autant. Eh bien ! M. Simple , il fut rapporté à sir Isaac qu'on voyait souvent son commis copier les différents ordres donnés à la flotte, et particulièrement ceux qui recommandaient de ménager avec soin les provisions de Sa Majesté. Aussitôt sir Isaac s'en va trouver l'amiral et insiste pour le renvoi de l'homme. Or, le vieux sir John était un fin vieux renard. — Non, commissaire, n'en faisons rien, répondit-il; et peut-être les prendrons-nous dans leur propre piège. L'amiral se met donc à une table, demande papier , encre et plume , et vous tourne une longue lettre au commissaire, dans laquelle il expose que tous les approvisionnements de la flotte sont épuisés , représente combien il serait impossible de lenii" la mer sans qu'on les renouvelle, et exprime le désir de savoir à quelle époque de nouveaux convois sont attendus d'Angleterre. Il ajoutait que si la flotte espagnole allait par malheur sortir de Cadix, il lui serait impossible , vu son dénuement absolu , de quitter le port pour piotéger sir Ilyde Parker
qui la surveillait avec ses six voiles de ligne. A cette lettre , le commissaire répondit que d'après les dernières dépêches, il espérait que dans le cours de six semaines ou deux mois , on pourrait recevoir d'Angleterre un supplément de vivres et de munitions , mais qu'il ne fallait pas y compter plus tôt. Ces lettres furent placées dans un endroit où elles devaient infailliblement tomber sous les yeux du maudit espion de commis portugais, qui les copia, et qu'on vit le soir entrer dans l'hôtel de l'ambassadeur d'Espagne. Sir John envoya alors à Ferro , petite ville qui est située sur la côte portugaise , au sud , un exprès , chargé de remettre à sir Hyde Parker un mot où il le priait de s'enfuir vers le cap St. -Vincent , et d'y attirer la flotte espagnole , dans le cas où elle s'aviserait de le poursuivre. Jusque-là , vous le voyez , M. Simple, l'intrigue était bien menée. La première chose à faire ensuite fut de surveiller l'hôtel de l'ambassadeur d'Espagne et de voir s'il expédiait aucune dépêche. Deux jours après que les lettres lui eurent été remises par ce scélérat de commis, l'ambassadeur expédia deux courriers , l'un à Cadix et l'autre à Madrid, qui est la ville où le roi d'Espagne demeure. On laissa passer celui de Cadix , mais l'amiral ordonna d'intercepter celui de Madrid , et le commissaire sir Isaac , qui fut chargé de cette commission , s'en acquitta de manière ou d'autre. Voilà pourquoi l'amiral lui avait adressé l'interpellation que je vous citais tout à l'heure : — Dites donc , sir Isaac, com-