CHAPITRE XXXV
Swinburne continue son récit de la bataille du cap Saint-Vincent.
Deux nuits après, nous eûmes le second quart, et je rappelai à Swinburne sa promesse de me filer son câble relativement à la bataille de St. -Vincent. — Soit , M. Simple; mais il me faut un peu d'amorce, ou je ne partirai jamais.
— Voulez-vous avoir votre verre de grog avant ou après ?
— Avant, monsieur, avant, si vous le voulez bien; descendez vite et rapportez-le-moi; pendant ce tempslà je vais jeter le loch à votre place, et nous aurons alors une bonne heure sans interruption; car la brise de mer tiendra, et nous avons une navigation commode. Je rapportai un grand verre de grog , que Swinburne avala , et quand il l'eut fini, il soupira profondément , comme de regret qu'il n'y en eût pas davantage. Après avoir momentanément arrimé le verre dans un des trous du cabestan, nous nous assîmes sur une glêne de corde au bas des préceintes vers lesquelles soufflait le vent, et Swinburne , étant sa chique, continua de la manière suivante :
— Or donc, M. Simple , comme je vous l'ai déjà dit , le vieux Jcrvis partit avt^c toute sa flotte pour le Cap St. -Vincent. Nous perdîmes en route un de nos vaisseaux, et un trois-ponts encore, le St. -George; il loucha , et fut obligé de retourner à Lisbonne;
mais nous fûmes bientôt joints par cinq voiles de ligne envoyées d'Angleterre, en sorte que nous comptâmes quinze voiles en tout. Nous faillîmes perdre un autre de nos bâtiments ; car voyez-vous, le Culloden et le Colosse se choquèrent , et le Culloden souffrit beaucoup du choc ; mais Roubridge , qui le commandait , n'était pas homme à cracher sur la besogne et à demander la permission d'aller se radouber quand il y avait chance de rencontrer l'ennemi. Il se raccommoda donc tant bien que mal , et dès le jour suivant, déclara être prêt pour Faction. Quand il s'agissait de se battre, il était toujours prêt, la chose est sûre ; mais son vaisseau était-il ep état de prendre part à la bataille i c'est une autre affaire. Toutefois, comme les matelots avaient coutume de le dire en plaisantant, il était solide au poste , et l'on pouvait se fiera lui; en d'autres termes^ il savait manœuvrer son vaisseau pendant le combat, et le bien défendre quand il était dessus. Ce fut, je crois, le lendemain que Cockburn nous rejoignit sur la Minerve et amena Nelson avec lui ; il apporta en outre la nouvelle que les Dons lui avaient donné la chasse, et que toute la flotte espagnole s'était mise à notre poursuite. Or^ M. Simple, vous pouvez vous imaginer que nous ne fûme§ pas à demi heureux sur le Capitaine quand Nelson vint à notre bord; car nous savions que si l'on rencontrait les Espagnols , notre vaisseau ferait une fameuse ligure; et certes il en arriva ainsi. C'était dans la matinée du 13; le