‹ Pierre Simple (volume 2)Chapitre 51 sur 250 · CHAPITRE XXXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVI

— C'est , dit-on , un Écossais, continuai-je ; et il parie une langue à laquelle personne ne comprend mot.

— Du diable si vous n'êtes pas dans l'erreur! s'écria-t-elle. Il est Anglais, et parle une langue très compréhensible .

— Mais pourquoi être venu ici, madame O'Rourke, et y demeurer seul.

— Seul, révérend Mac Grath? Est-on seul quand on a une femme , deux enfants, et qu'avec la grâce de Dieu il en pousse un troisième ?

— Mais, je crois, les deux garçons qui l'ont accompagné ne sont pas ses propres enfants?

— Erreur sur erreur, révérend Mac Grath ! Les deux enfants sont bien à lui, et de plus ce sont deux filles. Il paraît , dites donc , qu'il n'est pas inutile que vous veniez de temps à autre apprendre les nouvelles à notre village de Ballycleuch.

— C'est la vérité , madame 0 Rourke , et à qui , pour le savoir, s'adresserait-on mieux qu'à vous? Remarquez, Terence, que j'avais soin de dire blanc pour les choses où votre lettre avait dit noir, et vice versa, comme disent les savants ; car lappelez-vous toujours , mon iils , que quand il s'agira de tirer à une femme les vers du nez , vous y réussirez mieux par la contradiction que par la flatterie. — Dans tous les cas , continuai-je , je trouve, madame 0 Rourke, que c'est une honte qu'un gentilhomme qui vient en Irlande , amène avec lui d'Angleterre, pour domes-

tiques, un tas d'Anglais fainéants, lorsqu'il y a ici tant de beaux garçons et tant de jolies filles à son service.

— Vous êtes encore dans l'erreur la plus complète, révérend Mac Grath ! s'écria-t-elle. Du diable sil a amené de son pays un seul de ses gens, et si ce n'est pas dans le nôtre qu'il a monté toute sa maison. N'a-t-il pas pris Ella Flanagan pour femme de chambre, et Terence Driscol pour laquais? Même que Terence a terriblement de la tournure avec sa livrée neuve, quand il vient chercher les journaux. Moggy Cala, aussi, n est-elle pas cuisinière chez ces étrangers, et la jolie Marie Sullivan ne doit-elle pas nourrir son petit enfant, aussitôt qu'il viendra au monde?

— Marie Sullivan, dites-vous? répliquai-je. Quoi! cette jeunesse qui n'est mariée que depuis trois ou quatre mois, et dont le ventre est déjà tellement rond qu'elle peut à peine se traîner ?

— Précisément. Et en savez-vous la raison?

— Du diable si je la sais , et comment la saurais-je ?

— Eh bien ! c'est qu'elle mettra en nourrice son propre enfant, et qu'elle nourrira le petit Anglais qui pousse , car la mère est une trop grande dame pour tenir toute la journée un poupon sur les bias.

— Mais si par hasard Marie Sullivan n'était pas accouchée lorsque l'Anglaise accouchera, comment ferait-on? Je vous le demande, madame O'Rourke, parce que vous êtes une femme sensée, vous.

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