‹ Pierre Simple (volume 2)Chapitre 56 sur 250 · CHAPITRE XXXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVII

deux cents verges derrière le château , il les fit passer par-dessus , et les déposa saines et sauves pardevant, à l'exception de la vieille mère qui se démit l'épaule.

— En vérité, monsieur?

— Oui; mais ce qu'il y eut d'étrange, c'est qu'une énorme quantité de rats se trouvaient dans les meules , et qu'ils furent enlevés avec le foin. 0)*, Pierre , d'après les lois de la gravitation , ils retombèrent avant le foin; je me promenais en ce moment avec mon lévrier ou plutôt mon basset ; et après qu'un des rats fut tombé devant mon chien qui le tua , il fut tout-à-fait risible de le voir regarder en l'air et attendre que les autres tombassent.

— Un lévrier, dites-vous , monsieur, ou un basset?

— L'un et l'autre , Pierre ; le fait est que dans l'origine, ce chien avait été un lévrier ; mais comme, nn jour , à la chasse, en se heurtant contre une souche d'arbre, il s'était cassé une jambe de devant, je lui avais fait couper les trois autres à égale longueur, et il était ainsi devenu excellent basset. J'étais idolâtre de ce chien-là.

— Tiens ! observai-je, mais j'ai lu quelque chose de semblable dans le baron Munchausen.

— M. Simple, dit le capitaine, en se levant sur le coude et en me regardant avec sévérité, que prétendez-vous dire p;ir là ?

— Oh ! rien, monsieur; seulement j'ai lu une histoire de ce genre.

— C'est fort possible ; en effet, le grand art de l'invention est de la baser sur des faits. Il y a des gens qui d'une taupiére feront une montagne. Les faits et la fiction se confondent tellement aujourd'hui, que la vérité même devient matière de doute.

— C'est fort vrai, monsieur, répliquai-je , et il garda le silence pendant quelques minutes. Je me risquai alors à ouvrir ma Bible prés de son lit comme pour lire tout bas.

— Que lisez-vous donc , Pierre ? me demanda-til bientôt.

— Un chapitre de la Bible, monsieur, répondisje, voulez-vous que je lise tout haut ?

— Oui, car j'aime passionnément la Bible, c'est le livre de vérité. Pierre, lisez-moi l'histoire de Jacob, lorsqu'il prend , au moyen d'un plat de lentilles , l'avantage du vent sur Esaû, et qu'il obtient ainsi la bénédiction de son père. Je ne pus m'empécher de trouver étonnant qu'il choisit un passage où , pour des raisons divines , un mensonge était couronné de succès et de récompense. Quand je l'eus terminé , il me pria de lui lire encore quelque chose ; je tournai aux actes des apôtres et commençai le chapitre où Ananias et Saphira sont frappés de mort parce qu'ils ont menti. Lorsque j'arrivai à la fin : — Voilà, observa-t-il d'un ton très sérieux , une fort bonne le-

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