CHAPITRE XXXVII. lOS
con pour les jeunes gens , Pierre ; elle vous montre qu'il ne faut jamais trahir la vérité. Prenez pour devise, Pierre : « Dire toujours vrai et se moquer du diable. ))
Après cette observation , je fermai le livre , car il me parut démontré que le capitaine ne se doutait nullement de son défaut favori. Or, sans savoir que Ton commet une faute , comment serait-il possible de s'en repentir et de s'en corriger ? Les forces de M. Kearney diminuèrent chaque jour, et il fut enfin si faible qu'à peine pouvait-il se tenir sur son séant. Pierre, me dit-il, un après-dîner, je vais faire mon testament ; non que je doive encore perdre le goût du biscuit , mais il est du devoir de tout homme de mettre sa maison en ordre, et ce soin m'amusera; ainsi , prenez du papier, de l'encre, des plumes , et venez vous asseoir à côté de moi.
Je fis ce dont il me priait.
— Écrivez , Pierre , que moi , Antoine-George- William-Charles-Huskisson-Kearney ; — Le nom de mon père était Antoine , Pierre ; je fus nommé George d après le régent actuel, William et Charles d'après M. Pitt et M. Fox, qui furent mes parrains; Huskisson est le nom de mon grand oncle, dont toute la succession me revient, et comme il a maintenant quatre-vingt-trois ans , il ne peut me la faire long-temps attendre. — Avez-vous écrit Pierre?
— Oui, monsieur.
— Jouissant de toute ma ra ison, je fais ici mes der
niéres dispositions testamentaires , et révoque toute espèce de testaments antérieurs. Avez-vous mis, Pierre ?
— Oui, monsieur.
— Je lègue à ma chère et bien aimée femme, Augusta-Charlotte Kearney, — elle fut ainsi nommée d'après la reine et la princesse Augusta, qui la tinrent sur les fonts baptismaux , — tout mon mobi^ lier, tous mes livres , tous mes tableaux , toute mon argenterie et tous mes bijoux pour qu'elle en ait pleine et entière jouissance sa vie durant et qu'elle puisse en disposer comme bon lui semblera, lors de son décès. Avez-vous mis, Pierre?
— Oui, monsieur.
— Plus , l'intérêt de tout l'argent que je possède dans le trois pour cent consolidé, celui de mes rentes perpétuelles et la somme qui se trouve actuellement pour balance de compte entre les mains de mon banquier, pour qu'elle en jouisse sa vie durant; à son décès : tous les fonds susdits seront partagés , par portion égale, entre mes deux enfants, William- Mahomet-Potemkin Kearney et Caroline-Anastasie Kearney. Avez-vous mis, Pierre?
— Oui, monsieur.
— Maintenant , Pierre, je passe à mes propriétés foncières. Je lègue à mes deux enfants sus-nommés mon domaine du comté de Kent. . . voyons, comment
s'appelle-t-il ? Ah ! Walcot Abbey, plus, mes
4rois fermes de la vallée d' Aylesbury ; plus , mes