CHAPITRE XXXVII
marécages du Norfolk; les revenus de tous ces biens seront , sauf les dépenses nécessaires pour leur éducation , accumulés pour leur unique usage et bénéfice. Avez-vous mis, Pierre?
— Pas encore , monsieur, « usage et bénéfice, n Maintenant, monsieur, j'ai mis.
— Et ce, jusqu'à ce qu'ils atteignent l'âge de vingt et un ans , ou , en ce qui concerne ma fille , jusqu'à ce qu'elle se marie avec le consentement de mes exécuteurs testamentaires ; pour les susdits revenus , être alors calculés loyalement et partagés entre eux par portion égale. Remarquez , Pierre, que je ne fais aucune différence entre les filles et les garçons ; un bon père ne doit pas aimer un enfant plus qu'un autre. A présent, je vais un peu reprendre haleine.
Ma surprise était au comble. Il était de notoriété que le capitaine Kearney ne possédait absolument que sa paie , et que l'espoir seul de faire des prises pour amasser les dots de ses enfants , l'avait décidé à faire un si long séjour dans les Indes Occidentales. C'était risible ; cependant je n'avais pas envie de rire, il y avait quelque chose de trop triste dans un pareil exemple de folie.
— Allons, Pierre, continuons, reprit le capitaine Kearney, au bout de quelques minutes, j'ai quelques legs particuliers à faire. D'abord , je donne à chacun de mes domestiques la somme de cinquante livres sterling et deux habillements complets de deuil;
plus , à mon neveu Thomas Kearney de Kearney- Hall, comté d'Yorck, l'épée dont le grand Turc m'a fait présent. — Je la lui ai promise, et quoique nous soyons brouillés, quoique nous n'ayons pas échangé un mot depuis des années, je veux tenir ma promesse. Plus, a mon digne ami, le duc de Newcastle, la vaisselle d'argent qui m'a été offerte parles négociants et les assureurs du Lloyd. Avez-vous mis, Pierre?
— Oui, monsieur.
— Plus , à l'amiral , sir Isaac Coffin , la tabatière qui me vient du prince Potemkin. Je lui fais, en outre , remise de la rente qu'il me paie sur sa propriété des îles Magdeleine , dans l'Amérique du Nord. Enfin, je lui lègue le sac de tabac dont le dey d'Alger m'a fait présent. Puisqu'il a la tabatière , autant vaut qu'il ait aussi le tabac. Avez-vous mis Pierre ?
— Oui, monsieur.
— Maintenant, à votre tour, Pierre; il faut que je vous laisse quelque chose.
— Oh ! ne vous occupez pas de moi, répliquai-je. Si fait, Pierre, si fait; je ne dois pas oublier mon
cousin. Voyons, que vous laisserai-je? Parbleu ! mon épée de combat, une excellente épée, je vous le jure. Je me suis, un jour, à Palerme , battu eu duel avec cette épée-là, et je l'ai si bien enfoncée dans le corps d'un prince sicilien, elle y tenait si solidement, que, pour la retirer, ils nous fallut envoyer quérir deux chevaux de poste. Écrivez donc que je lègue cette