‹ Pierre Simple (volume 2)Chapitre 59 sur 250 · CHAPITRE XXXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVII

arme à mon cousin Pierre Simple. Je crois que c'est tout , mais il me reste à m'occuper de mes exécuteurs testamentaires. Ajoutez donc que je prie mes intimes amis, le comte de Londonderry, le marquis de Chandos et M. John Lubbock, banquier, d'être mes exécuteurs testamentaires, et je lègue à chacun d'eux la somme de mille livTcs serling , tant pour leur peine que comme gage d affection. Voilà mon testament, Pierre. Maintenant, comme je laisse des biens immenses , la présence de trois témoins est indispensable ; allez donc en chercher deux , vous serez le troisième, et je signerai sous vos yeux.

Cet ordre fut exécuté , et cet étrange testament , revêtu des formalités ordinaires. Je l'appelle étrange, car à peine est-il besoin de dire que le capitaine avait acheté à différentes époques les objets même qu'il prétendait avoir reçus en cadeau ; mais telle fut jusqu'à la fm la force de sa passion favorite. M. Phillott, O'Brien, et de temps en temps plusieurs autres officiers, venaient le voir ; alors il se montrait toujours plein d'enjouement et de gaité, et, quoique ne se dissimulant guère sa position, paraissait y être tout-à-fait indifférent. Ses histoires, d'ailleurs, devenaient de plus en plus merveilleuses , car personne n'osait exprimer le moindre doute sur la foi qu'elles méritaient.

Lorsque j'eus passé prés d'une semaine à l'hôpital, la monde M. Kearney sembla tout-à-fait imminente. Un matin le docteur arriva, lui tàta le pouls, e( dé-

clara que dans son opinion il ne passerait pas la journée. C'était un vendredi , et certes il offrait tout symptôme de dissolution. Il était si épuisé qu'à peine pouvait-il articuler les mots ; ses pieds étaient froids, et ses yeux^ qu'il tenait fixés sur le plafond , paraissaient de verre. Le docteur resta une heure à son chevet , lui tâta de nouveau le pouls, secoua la tête, et me dit à voix basse : — Le voilà parti ! Aussitôt que le docteur eut quitté la chambre , le capitaine rouvrit les yeux, et me fit signe d'approcher. — Cet homme est un âne fiefié , Pierre , me dit-il ; ne se figui e-t-il pas que mon vent tombe en ce moment? je m'y connais mieux. Chose bizarre, il éprouva dés lors du mieux, et quoiqu'on eût annoncé son décès, quoique l'amiral eût signé la nomination de son successeur , tout le monde apprit le matin suivant avec beaucoup de surprise qu'il vivait encore. Il resta dans cet état , c'est-à-dire entre la vie et la mort , jusqu'au jour où il avait lui-même annoncé qu'il devait mourir , et dés la matinée on put reconnaître qu'il touchait à sa fin. Vers midi, sa respiration était très difficile , très irrégulière ; évidemment il se mourait. Bientôt le raie commença ; je me tenais à côté de son lit, et m'attendais de minute en minute à lui voir rendre le dernier soupir, quand il ouvrit de nouveau les yeux , et me faisant , avec effort , signe d'approcher mon oreille de sa bouche pour entendre ce qu'il m'allait dire , il parvint, non sans beaucoup de peine , et d'une faible

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