CHAPITRE XXXVIII
litaire, article dont la violation est sévèrement punie de mort. La nomination au commandement du Sanglier nous causa donc autant de chagrin que son départ causait de joie aux officiers du vaisseau qu'il avait commandé auparavant.
En somme, ce ne fut pas un très grand malheur; Tamiriil avait reçu de l'amirauté des instructions qui l'invitaient à donner au capitaine Horton le premiei' poste vacant, et, bien entendu, il avait été contraint de s'y soumettre; mais, ne se souciant pas de garder sous ses ordres un officier qui manquait de toute espèce d'énergie, il résolut de l'expédier vers l'Angleterre avec des dépêches, et de conserver dans son escadre l'autre frégate qui était rappelée en Europe et que nous étions venus remplacer. Nous apprîmes donc avec joie, et pourtant non sans quelque regret, que nous allions immédiatement appareiller pour l'Angleterre. Pour ma part, j'en fus presque enchanté. Je devais, dans cinq mois, avoir fait mon temps comme aspirant , et je croyais qu'il me serait plus facile d'obtenir la lieutenance en Angleterre qu'en pays étranger. J'étais aussi fort impatient de regagner la maison paternelle , pour des raisons de famille que j'ai déjà expliquées. Au bout d'une quinzaine, nous appareillâmes en même temps que plusieurs autres vaisseaux et avec l'ordre d'escorter un nombreux convoi qui , partant de Québec, devait nous rencontrer à la hauteur de l'ile St. -Jean. En l'espace de quelques jours , nous fûmes lejoinls par
ce convoi , et nous voguâmes avec le vent le plus favorable vers TAugleterre. Bientôt, cependant, il devint très mauvais, et, sans avoir besoin de déployer un pouce de toile, nous filions vent arrière avec une effrayante vitesse. Notre capitaine quittait rarement la cabine; il y restait sur un sofa, couché tout de son long, et lisait des romans ou sommeillait, suivant que l'une ou Vautre de ces deux occupations lui semblait plus agréable.
Je me rappelle un incident de la traversée , qui prouve tout-à-fait l'apathie de son caractère, et montre combien il était peu digne de commander une si belle frégate. Nous avions déjà fait vent arrière pendant trois jours, lorsque le temps devint encore pire. O'Brien, qui avait le second quart, descendit annoncer au capitaine que le vent soufflait avec une extrême force.
— Très bien, répondit-il. Prévenez-moi, s'il souffle plus fort.
Une heure après environ , le vent augmenta , et O'Brien descendit de nouveau. — Le vent souffle beaucoup plus fort, capitaine Horton.
— Très bien, répondit le capitaine en se tournant dans son hamac. Vous pourrez encore me réveiller quand il soufflera plus fort.
Vers six heures, l'ouragan atteignit le comble, et le vent rugissait dans toute sa fureur. O'Brien descendit une troisième fois. — Le vent souffle maintenant avec une force effrayante, capitaine Horton.