‹ Pierre Simple (volume 2)Chapitre 64 sur 250 · CHAPITRE XXXVIll · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVIll

cate, avait été sur le point de se marier aussi. Elle devait épouser un baronnet de bonne famille; mais, par malheur , elle avait gagné un rhinne au bal donné pour les assises , et dés lors avait dépéri de jour en jour. Elle était morte deux mois avant que j'arrivasse , et j'avais trouvé toute ma famille en grand deuil. Ma troisième sœur, Hélène, n'était pas encore mariée ; c'était aussi une ravissante créature, mais qui n'achevait que dix-sept ans. La santé de ma mère avait été rudement ébranlée par la mort d'une de ses filles et par le départ de l'autre. Quanta mon père, la perte même de ma sœur Marie semblait avoir été complètement effacée de son souvenir par la malheureuse nouvelle que la femme de mon oncle était heureusement accouchée d'un fils^ car la naissance de cet enfant anéantissait l'espoir qu'il avait conçu d'hériter du titre et des biens de lord Privilège. C'était donc tout-à-fait une maison de deuil, que la nôtre. Je respectai le chagrin de ma mère, et fis tous mes efforts pour la consoler; quant à celui de mon père, il était évidemment si mondain et jurait si fort avec sa profession d'ecclésiastique, qu'il me faut convenir que j'en étais plutôt indigné qu'affecté. Il était devenu morose et sombre , dur pour toutes les personnes qui l'entouraient, et moins bon envers ma mère que les peines et la mauvaise santé de la pauvre femme ne lui en faisaient un devoir, quand même son cœur n'y aurait été pour rien. Il passait rarement une partie de la journée près

d'elle, et comme le soir elle allait se coucher de fort bonne heure , ils n'avaient presque pas de rapports ensemble. Ma sœur était une grande consolation pour elle , et j'aime à penser que je lui en étais une aussi; elle me le disait souvent, et, alors, tandis qu'elle m'embrassait avec effusion , tandis que les larmes coulaient le long de ses joues, je ne pouvais m'empêcher de croire que la froideur et lindifférence, sinon la dureté, avec lesquelles mon père se conduisait à son égard, doublaient l'amertume de ses larmes. Quant à ma sœur, c'était un ange; et lorsque je la voyais, si différente de mon père qui n'était qu'égoïsme, entourer d une part ma mère des attentions les plus délicates, de l'autre s'oublier complètement elle-même, je pensais souvent qu'elle serait un véritable trésor pour Ihommequi aurait le bonheur de gagner son affection. Tel était, quand j'y revins, l'état de ma famille.

J'avais passé près d'une semaine à la maison , lorsqu'un jour, après diner, je soumis à mon père l'opportunité de faire quelques démarches pour m'obtenir de l'avancement.

— Je ne puis rien pour vous , Pierre ; je n'ai aucune espèce de crédit, répliqua-t-il avec mauvaise humeur.

— Je ne pense pas , monsieur , repris-je, qu'il soit nécessaire d'en avoir beaucoup. Le temps qu'il faut qu'un aspirant serve expire pour moi le 20 du mois prochain. Si je passe mon examen de lieute-

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