CHAPITRE XXXVIII
nant , et je me flatte d être capable de le passer , la mention qui a été faite de votre fils dans les dépêches publiques lui facilitera sans doute la chance d'obtenir sa promotion sur la demande de son grand-père.
— Oui , votre grand-père , je n'en doute pas , pourrait vous servir , mais je crois que maintenant vous avez peu d'appui à attendre de ce côté. Mon frère a un fils et nous sommes mis au rancart. Vous ne savez pas encore , Pierre, combien les gens sont égoïstes et combien peu ils se donnent de peine pour leurs parents. Votre prand-pére ne m'a plus invité une seule fois , depuis la nouvelle de l'augmentation survenue dans la famille de votie oncle. Même, je ne vais plus le voir , car je sais que mes visites ne serviraient à rien.
— Je veux penser autrement de lord Privilège , mon cher père , jusqu'à ce que votre opinion soit confirmée par sa conduite. Que je doive ne plus exciter autant son intérêt, je l'accorde ; mais encore il a été fort bon pour moi , et a semblé favorablement prévenu en ma faveur.
— Bien , bien , libre à vous d'en essayer comme il vous plaira ; mais vous saurez prochainement de quelle étoffe le monde est fait. A coup sûr, pourtant, je souhaiterais que vous réussissiez; car, si je meurs, que deviendront ma femme et mes enfants? je l'ignore , j'ai si peu d'épargnes, pour ne pas dire rien! Toutes mes espérances sont anéanties par ce... Et
mon père frappa de son poing sur la table d'une manière peu catholique et d'un air fort indigne d'un apôtre.
Je regrette qu'il me faille parler ainsi de mon père , mais il ne faut pas que je déguise la vérité. Au moins dois-je le dire , sa conduite n'était pas sans excuse. Il avait toujours eu le sacerdoce en horreur; jeune homme, son ambition avait été d'entrer dans l'armée , carrière à laquelle il était beaucoup plus propre j mais comme, depuis des siècles, il est d'usage dans l'aristocratie de substituer au fils aine tous les biens de la famille , et de laisser les autres frères à la charge de l'état, ou plutôt du peuple, qui paie des impôts pour subvenir à leur existence, mon père se vit refuser la permission de suivre son penchant. Un de ses aines avait déjà choisi le métier des armes ; par conséquent il fut décidé que mon père entrerait dans les ordres ; et c'est ainsi que non seulement nous avons eu , mais que nous avons encore, dans la profession ecclésiastique, tant de gens qui ne savent pas en remplir les devoirs et qui même la déshonorent. Du droit d'aînesse découlent mille abus et mille injustices ; cependant, abolissez-le, et, dans tous les pays du monde, l'aristocratie va devenir complètement insignifiante. Il me semble donc que tant que le peuple , dans un pays , consent à fournir aux cadets des familles nobles les moyens de vivre à ses dépens , il est bien que l'aristocratie soit maintenue comme une espèce de corps