‹ Pierre Simple (volume 2)Chapitre 66 sur 250 · CHAPITRE XXXYIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXYIII

intermédiaire et comme un anneau entre le souverain et le peuple , mais que si le peuple est trop pauvre ou qu'il ne veuille pas être écrasé d'impôts , il a droit de se refuser au paiement de ceux qui sont destinés à de semblables usages , et de demander Vabolition du droit d'aînesse.

Je restai dans ma famille , jusqu'à ce que les années voulues de mon service d'aspirant se trouvassent complètes, et je partis alors pour Plymouth afin de subir mon examen. D'après un arièté de l'amiral , c'était un vendredi que les divers candidats devaient être examinés, et comme j'arrivai le mercredi d'avant, j'eus presque vingt-quatre heures de loisir, que j'employai à me promener dans le chantier, afin de recueillir encore touchant ma profession, le plus de connaissances possible. Le jeudi un détachement de soldats du dépôt s'embarqua , au lieu ordinaire , dans les chaloupes de plusieurs vaisseaux de ligne qui devaient, disait-on, les conduire aux Indes. Je vis l'embarquement s'effectuer, j'attendis que les chaloupes se fussent mises en marche et je m'en allai alors au quai d'ancrage , pour examiner la pesanteur relative des ancres propres aux différentes classes de vaisseaux de la marine royale.

Je n'y étais pas depuis long-temps , lorsque mon attention fut attirée parle tapage que faisnitun soldat qui , paraissait-il , avait quitté les rangs pour courir boire un dernrler coup de rum au cabaret du chantier. Il était complètement ivre , et près de lui mar-

^hait une jeune femme avec un enfant dans les bras, qui s efforçait de l'apaiser.

— Allons, tenez-vous tranquille, Patrice, lui disait-elle dun air suppliant; c'est déjà bien assez, mon bijou, que vous soyez sorti des rangs, et vous en recevrez des reproches quand vous arriverez à bord. Voyons, calmez-vous, Patrice, ethàtons-nous de prendre une barque ; peut-être alors croira-t-on que ce n'est pas votre faute, et votre officier vous pardonnera. D'ailleurs, je parlerai à M. 0'R.ourke qui est un digne homme.

— Gare de là ! créature, qui voudriez, dites-vous, faire conversation avec M. O'Rourke, pour qu'il vous caresse le menton , n'est-ce pas ? Gare, Marie, et laissez-moi retourner à bord comme bon me semble. Ai-je donc besoin d'une barque, quand je puis nager aussi bien que Saint Patrice avec ma tête sous mon bras, à supposer qu'elle ne serait plus sur mes épau" les? En tous cas, vous allez voir comme je nage avec mon sac , et mon mousquet par-dessus le marché.

La jeune femme pleurait , et tâchait de le retenir ; mais il lui échappa, et courant au bord du quai, se précipita dans l'eau. La jeune femme , qui avait couru sur ses traces , le vit tomber , poussa un cri affreux , et dans son désespoir leva les mains au ciel. L'enfont qu'elle tenait glissa nécessairement , frappa sur le parapet , tourna plusieurs fois sur luimême , et, sans qu'il m'eût été possible de le saisir, s'enfonça dans la mer. — L'enfant! l'enfant! s'é-

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