CHAPITRE XXXVIII
cria-t-elle soudain , d'une voix égarée ; puis , la malheureuse tomba près de moi dans de violentes convulsions. J'avançai la tête , l'enfant avait disparu; mais le soldat luttait encore , on voyait de temps en temps sa tête au-dessus de l'eau. Il s'en allait au fond et revenait à la surface ; une barque ramait vers lui , mais il était complètement épuisé. Il agitait les bras en signe de détresse , et allait disparaître sous la vague... A ce spectacle , je ne pus me contenir , je m'élançai par-dessus le parapet, et, nageant au secours du soldat, j'arrivai juste à temps pour le saisir comme il s'enfonçait pour la dernière fois. Je n'avais pas été un quart de minute dans l'eau , quand la chaloupe nous atteignit , et nous entraîna tous deux vers le rivage. Le soldat était exténué et ne pouvait articuler un mot. Moi , bien entendu, je n'étais que mouillé. La barque, sur ma demande , rama vers le lieu de débarquement , et nous fûmes l'un et l'autre mis à terre. Le sac qui était attaché sur le dos du soldat , et son uniforme , nous indiquèrent qu'il faisait partie du régiment qui venait de .s'embarquer; en conséquence, j'émis l'opinion que , lorsqu'il serait un peu remis , mieux vaudrait le conduire à bord. Comme la barque qui nous avait repêchés appartenait à un des vaisseaux de guerre , loflicicr qui avait présidé à l'embarquement des troupes, et qui avait été de nouveau envoyé à terre pour voir s'il restait encore quelque traînard , y consentit. En peu de minutes, le soldat
eut recouvré l'usage de ses sens ; il put se mettre sur son séant, il parla, mais je voulus, avant de me retirer , savoir des nouvelles de la pauvre jeune femme que j'avais laissée sans connaissance sur le quai. Un des gardiens du port nous l'amena bientôt , et la scène qui se passa alors entre elle et son mari fut très touchante. Après s'être un peu remise , elle se tourna vers moi, et voyant l'eau qui dégouttait encore de mes habits , m'accabla des remerciments les plus chauds et les plus énergiques , mais entremêlés , hélas ! d'affreuses lamentations au sujet de l'enfant qu'elle avait perdu. A la fin elle me demanda mon nom. — Donnez-le-moi! s'écria-t-elle ; donnez-le-moi sur du papier; par écrit, afin que je puisse le porter près demon cœur;, afin que je le lise et le baise tous les jours de ma vie , et que je n'ou-' blie jamais de prier pour vous et de vous bénir!
— Je vais vous contenter. Je me nomme...
— Non, écrivez-le plutôt, écrivez-le-moi! A coup sûr , vous ne me le refuserez pas ! Que tous les saints vous bénissent, cher jeune homme, pour avoir sauvé une femme du désespoir !
L'officier qui commandait la barque me prêta un crayon et une carte ; j'y traçai mon nom, et le donnai à la pauvre femme ; elle me serra la main comme je le lui donnais , baisa la carte à plusieurs reprises et la mit dans son sein. L'officier, impatient de repartir , commanda à son mari de se diriger vers la barque; elle le suivit en le serrant dans ses