‹ Pierre Simple (volume 2)Chapitre 69 sur 250 · CHAPITRE XXXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVIII

<|uand j'entrai dans la cabine , où je me trouvai en présence des trois capitaines qui devaient dt'cider si j'étais digne d'obtenir un brevet de lieutenant dans la marine royale. Mes pièces, mes certificats, furent d'abord examinés, et ils satisfirent ; on calcula ensuite mes années de service, et on reconnut que j'étais en règle. On ne me questionna guère relativement à la navigation, et par la meilleure de toutes les raisons possibles, c'est que la plupart des capitaines de navires au service de Sa Majesté ne savent pas grand' chose et même ne savent absolument rien sur ce chapitre. Pendant qu'ils servent comme aspirants, ils apprennent cette science par routine, sans se douter des principes sur lesquels reposent les calculs dont ils font usage. Comme lieutenant, il est rare qu'ils soient appelés à la mettre en pratique, et ils ont bientôt oublié ce qu'ils avaient appris à ce sujet. Comme capitaine , tout ce qui leur reste de connaissances mathématiques se borne à pouvoir découvrir sur la carte la position de leur bâtiment. Le maître d'équipage répond de tout ce qui concerne la navigation du vaisseau , et comme les capitaines eux-mêmes n'en sont pas responsables , ils s'en remettent entiérementà son savoir faire. Bien entendu, il y a des exceptions, mais ce que j'ai dit est l'ordinaire; et si l'amirauté s'avisait d'ordonner un beau jour que tous les capitaines subissent un examen, sans doute ils s'en tireraient à merveille pour ce qui serait relatif à la marine, mais il y en aurait quatre-

vingt-quinze sur cent, qui , interrogés sur la navigation, ne sauraient que répondre. Aussi, dans ma conviction de ce fait, suis-je porté à croire le système actuel infiniment préjudiciable au service de l'état, et à penser qu'un capitaine devrait a^oir toute la responsabilité de la. navigation de son vaisseau. Il est depuis long-temps connu que les officiers de toutes les autres puissances maritimes l'emportent sur les nôtres du côté de la science, et leur supériorité s'explique en ce que nos capitaines ne sont pas suffisamment responsables. L'origine des maîtres d'équipage dans notre marine, est bizarre. Lorsque la Grande-Bretagne commença de rêver l'empire des mers, tous les vaisseaux de la marine royale avaient à bord deux classes distinctes d'individus '^ l'une qui seule combattait quand il était besoin de combattre , et que formait certain nombre des soldats de Tarmée de terre; Fautre, qui ne se composait que de matelots, qui seule exécutait les manœuvres, et dans laquelle se trouvait un maître d'équipage pour diriger la navigation du vaisseau. Lors de nos sanglantes luttes navales avec la Hollande, ce détestable système était encore en vigueur. C'est, je crois, du comte de Sandwich qu'on rapporte que, voyant son navire sur le point de couler bas, il prit une chaloupe pour aller hisser son pavillon à bord d'un autre bâtiment de la flotte ; mais un boulet coupa la chaloupe en deux, et le comte de Sandwich, entraîné à fond par le poids de son armure ,

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