CHAPITRE XXXVIII
se noya. Maintenant , revenons à notre histoire.
Aussitôt que j'eus répondu à plusieurs questions d'une manière satisfaisante, on m'invita à me lever. Le capitaine qui m'avait interrogé sur la navigation, s'était montré fort grave à mon égard , mais d'ailleurs ne m'avait point parlé avec impolitesse. Pendant qu'il m'examinait , il n'avait pas été une seule fois interrompu par les deux autres , qui se chargèrent seulement de m'examiner sur la marine. Le capitaine, qui me pria alors de me lever, prit un ton très dur, et me causa une épouvante complète. Je pâlis, je tremhlai , et je pus à peine me tenir debout, car je n'augurais rien de bon d'un tel commencement. Plusieurs questions me furent adressées sur la marine, et sans doute je n'y répondis que fort mal, car je ne puis, même à présent, me souvenir de mes réponses.
— Je m'en serais douté , observa le capitaine ; je n'avais eu que besoin de vous voir. Un ofTicier qui néglige autant sa tenue , et ne prend pas même la peine de mettre un habit décent lorsqu'il vient subir un examen, ne peut être qu'un paresseux et ne deviendra jamais un véritable marin. On croirait que vous avez servi pendant vos six années sur un cutter ou sur un brick de dix canons , au lieu de servir toujours, comme vous lavez, fait , sur d'élégantes frégates. Voyons , monsi<'ur, je vais encore vous interroger une dernière fois.
J'étais tellement piqué des reproches du capitaine,
T. II. PIERRE SIMPUE. 9
que je ne pus contenir mon trouble. Je répondis d une voix tremblante que je n'avais pas eu le temps de commander un autre uniforme, et je fondis en larmes.
— Vraiment, Burrows, vous êtes un peu trop dur, dit le troisième capitaine ; ce garçon est intimidé. Laissez-le s'asseoir et donnez-lui quelques minutes pour se remettre. Asseyez- vous un instant, M. Simple, et nous continuerons tout à l'heure votre examen.
Je me rassis, j'imposai silence à mon chagrin, et je tâchai de ressaisir le fil complètement perdu de mes idées. Les deux capitaines à qui j'avais encore affaire, se mirent, pour passer le temps, à feuilleter les pièces des candidats qui devaient être examinés après moi. Quant au troisième, ii lisait le journal de Plymouth qui était arrivé à bord quelques minutes auparavant et qu'on avait descendu dans la cabine. — Tiens ! s'écria-t-il, voilà qui est singulier. Dites donc. Burrows, Keats, donnez- vous la peine de hre ceci. Et il leur indiqua un paragraphe. — M. Simple, continua-t-il , puis-je vous demander si c'est vous qui avez hier sauvé un soldat qui s'était jeté à l'eau ?
— Oui, monsieur, répondis-je, et voilà pourquoi mon uniforme est dans un si déplorable état. Le bain que j'ai pris l'a tout gâté, sans que j'aie eu le temps nécessaire pour m'en commander un autre. Je n'osais pas vous apprendre la raison de ma triste