‹ Pierre Simple (volume 2)Chapitre 74 sur 250 · CHAPITRE XXXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIX

Alors j'ai loué son front, ses yeux, son nez, et ainsi de suite , en descendant , jusqu'à la plante de ses pieds ; puis je lui demandai quand elle me permettrait de la revoir , quand elle me donnerait un rendez-vous dans le bois et m'ouvrirait son cœur. D'abord , elle crut , et elle n'avait pas tort , que je ne pouvais parler sérieusement , mais je jurai par tous les saints qu'elle était la plus jolie fille des environs , ce qui est incontestable , et dès-lors elle prêta l'oreille à mes doux propos. Du diable si je soufflai mot de votre oncle^ de votre tante, ou du révérend Mac Grath , de crainte qu'elle ne conçût des soupçons ; car j'ai idée que maîtres et gens sont tous du complot; je ne lui ai parlé que de mon amour pour sa gentille personne, et ce langage l'a aveuglée comme il aveugle toutes les femmes , si clairvoyantes qu'elles soient.

Or , Pierre , il y a eu dimanche trois semaines que je fais la cour à cette pauvre fille à votre intention , et ma conscience me dit que ce n'est pas bien de rendre la chère créature folle de moi , vu que je ne me soucie nullement d'elle pour en faire ma femme. Quant à en faire autre chose , ce serait la ruine de la pauvre enfant. J'ai consulté le révérend Mac Grath à ce sujet , et il m'a dit qu'on pouvait se permettre le mal pour arriver au bien ; que si elle était complice de la fiaude, ce n'est que justice qu'elle soit punie en ce monde , et qu'elle sera peutêtre sauvée ainsi dans l'autre. Néanmoins , ma

conscience n'est pas tranquille, et il n'y a que vous sur la terre pour qui je puisse en faire autant ; car la malheureuse m'aime maintenant avec fureur , parle de fixer le jour de notre mariage , et me débite de longues histoires sur les alliances qui ont eu lieu autrefois entre les OTlanagan et les O'Brien , lorsque ces deux familles étaient dans toute leur gloire. Hier, comme nous étions assis dans le bois , son bras passé autour de mon corps : — Ella , ma chère , lui dis-je , quels sont donc les gens chez qui vous êtes ? elle me conta alors tout ce qu'elle savait de leur histoire , et comment Marie Sullivan avait été nourrice du marmot.

— Et de quel sexe est le marmot ? demandai-je,

— Un garçon , parbleu ! répondit-elle.

— Et le marmot de Marie Sullivan ?

— Une fille.

— Et Marie Sullivan est-elle encore au château?

— Non , elle en est partie hier avec son mari et son enfant pour rejoindre le régiment qui part pour l'Inde.

— C'est hier qu'elle est partie ! m'écriai-je en me levant.

— Oui , répliqua-t-elle , mais que vous importe ?

— Il m'importe beaucoup , car un petit oiseau vient de me dire un secret à l'oreille.

— Et quel est ce secret?

— Tout simplement que les deux enfants ont été échangés , et vous le savez aussi bien que moi; mais

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