CHAPITRE XXXIX
elle jura qu elle n'en savait rien , car elle n'était pas au château lors de leur naissance ; et je crois qu'elle ne mentait pas, — Au moins , repris-je, qui a accouché la dame ?
— Ma propre mère, répondit Ella. Et si l'échange a eu lieu , personne ne doit le savoir mieux qu'elle ?
— C'est que, voyez-vous, Ella, mon bijou, j'ai fait vœu de ne pas me marier avant d'avoir trouvé le mot de cette énigme; ainsi plus tôt vous l'arracherez à votre mère, mieux vaudra. Alors elle pleura beaucoup, et je faillis pleurer moi-même, de voir combien elle se désolait de ne pas m'a voir pour mari. Au bout de quelque temps , elle s'essuya les yeux , me donna un baiser, meditadieu, et jura par tousles saints qu'elle découvrirait la vérité d'une manière ou d'une autre.
C'est ce matin que je l'ai revue , suivant nos conventions d'hier. La pauvre petite avait les yeux rouges , tant elle avait pleuré ; elle se pendit à mon cou , me supplia de ne pas lui en vouloir et de ne pas la quitter , et m'apprit alors que sa mère avait tressailli quand elle l'avait questionnée , n'avait pas répondu , et l'avait maudite parce qu'elle insistait pour savoir la vérité. Elle me conta ensuite qu'elle s'était jetée à ses genoux, qu'elle avait conjuré sa mère de ne pas faire obstacle à son bonheur , car elle en mourrait ; et je vous laisse à penser , Pierre , combien mon cœur se serra quand elle me tint ce langage; enfin que sa mère avait parlé de ser-
ments, et dit quelle consulterait le révérend OToole. Maintenant , Pierre , je suis sûr qu'on a changé les enfants , et qu'on a envoyé la nourrice aux Indes pour qu'on ne pût l'interroger. Le régiment, disaiton, devait s'embarquer à Plymouth. Le mari , vous le savez , se nomme 0 Sullivan ; je vous conseille donc de prendre une voiture et d'aller voir ce que vous pourrez faire par là; moi, pendant ce temps4à, je ferai ici tous mes efforts pour découvrir la vérité, et dés que j'aurai découvert du neuf, je vous ent instruirai par une autre lettre. Tout ce que je souhaite , c'est de pouvoir lancer le révérend Mac Grath , et , je vous en réponds , il l'effrayera à lui faire confesser tout. Dieu vous garde , Pierre ; mille amitiés à votre famille.
A vous pour la vie. Terence O'Brien.
Cette lettre fut pour moi un grand sujet de réflexions. Le conseil de partir pour Plymouth arrivait trop tard , puisque les troupes avaient déjà mis à la voile, et je ne doutais pas que Marie Sullivan et son mari n'eussent fait partie des détachements qui s'étaient embarqués lorsque j'étais dans ce port pour subir mon examen. Montrer la lettre à mon père, je ne l'osais , car elle lui aurait donné la fièvre, et son intervention dans l'affaire aurait probablement fait plus de mal que de bien ; j'attendis donc tranquillement de plus amples nouvelles, et je résolus de recourir à mon grand-père pour obtenir ma promotion en grade.