‹ Pierre Simple (volume 2)Chapitre 77 sur 250 · CHAPITRE XXXIX. l4l · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIX. l4l

— Votre seigneurie veut-elle me permettre d'écrire moi-même la lettre ? elle n'aura plus qu'à la signer.

— Eh bien ! oui, mon enfant, je n'y ai pas d'objection. Écrivez sous ma dictée non Écrivez

tout ce qu'il vous plaira, et je signerai tout; je voudrais que votre oncle William arrivât.

Ce n'était pas mon affaire. J'avais grande envie de lui montrer la lettre d'O'Brien, mais je pensai qu'il serait cruel de faire naître des doutes dans son esprit, et de tourmenter un homme si prés du bord de la tombe. La vérité ne pourra jamais être reconnue de son vivant, me dis-jej pourquoi donc lui causer de la peine? En tout cas , quoique j'eusse la lettre dans ma poche, je résolus de n'en faire usage qu'à toute extrémit(!'.

Me plaçant à une autre table, j'écrivis la lettre. Comme lord Privilège avait dit que je pouvais écrire tout ce qu'il me plairait, il me vint à l'esprit que je pouvais rendre service à O'Brien, car j'étais sûr que sa seigneurie ne prendrait pas la peine de lire la lettre. J'écrivis donc les quelques lignes qui suivent, pendant que mon grand-père continuait la lecture de son livre.

« Milord , ce sera m'accorder une grande faveur que de hâter l'expédition du brevet qui , je n'en doute pas, se prépare pour mon petit- fils^ M. Simple; car il a subi son examen et a été glorieusement

nommé dans les dépêches publiques; je compte

aussi que vous ne perdrez pas de vue le lieutenant O'Brien, qui s'est tant distingué par sa bravoure en diverses rencontres avec des vaisseaux ennemis dans les Indes Occidentales. C'est en me flattant, milord, que vous ne manquerez pas d'accéder à mes instantes prières, que j'ai l'honneur d'être, de votre seigneurie, le très obéissant et très humble serviteur. »

Je m'approchai de mon grand-père, tenant d'une main cette lettre, de l'autre une plume remplie d'encre, et le bruit de mes pas lui fit lever les yeux. Il me regarda d'abord d'un air étonné , comme s'il ne se souvenait plus de rien, et finit par dire : — Ah! oui, oui, je me rappelle!... Donnez-moi la plume. Il signa d'une main tremblante, et, suivant mon calcul , me rendit la lettre sans la lire.

— Tenez, mon enfant, ne me fatiguez pas davantage. Adieu , rappelez-moi au souvenir de votre père.

Je souhaitai le bonjour à sa seigneurie , et m'en allai fort satisfait du résultat de mon expédition. Dès mon arrivée , je montrai la lettre à mon père qui fut fort surpris de mon succès , et qui m'assura que le crédit dont lord Privilège jouissait auprès de l'administration était assez grand pour que je pusse regarder ma promotion comme certaine. Pour qu'aucun accident n'arrivât , je partis immédiatement pour Londres , et remettant moi-même la lettre à l'hôtel du premier lord , je laissai mon adresse au concierge.

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