CHAPITRE XL
O'Brien el moi , nous faisons un pas chacun , et nous le faisons ^an'^assu. — Réunion de famille d'où il ne résulte que peu d'harmonie. • — Mon oncle n'est pas toujours un ami bien tendre.
Peu de jours après , je laissai ma carte chez le premier lord de Tamirauté. Le lendemain , je reçus une lettre de son secrétaire , qui , à mon extrême satisfaction , m'annonçait que mon brevet de lieutenant m'attendait depuis quarante-huit heures. J'ai à peine besoin de dire que je me hâtai d'aller le chercher, et, quand je donnai la pièce au commis, je m'aventurai au hasard à kii demander s il connaissait l'adresse du lieutenant O'Brien.
— Non , répliqua-t-il , et je voudrais la découvrir; car il a, aujourd'hui même, été promu au grade de commandant.
Je sautai presque de joie quand j'appris cette bonne nouvelle ; je donnai au commis l'adresse d'O Brien , j'arrimai soigneusement ma précieuse feuille de parchemin dans ma poche , et je repartis aussitôt pour la demeure paternelle.
Mais j'y étais attendu par un amer chagrin. Ma mère était tombée gravement malade , et je trouvai toute la maison en mouvement; médecins, apothicaires et gardes, allaient et venaient sans cesse; mon père était en proie à une extrême agitation, et ma chère sœur versait d'abondantes larmes. Les spasmes succédaient aux spasmes, et, en dépit de
tous les remèdes qu'on employa, elle rendit le dernier soupir le soir suivant. Je n'essaierai de décrire ni la douleur de mon père qui sembla se reprocher la conduite dure que dans les derniers temps il avait tenue envers elle , ni l'affliction de ma sœur. De telles scènes sont faciles à imaginer pour ceux qui ont éprouvé des pertes de ce genre. Je lis tous mes efforts pour consoler ma pauvre sœur, qui paraissait s'attacher à moi comme à son seul appui , et , après les funérailles, nous reprîmes notre tranquillité , quoique le deuil fut encore plus dans notre cœur que sur nos vêtements. J'avais écrit à O'Brien pour lui annoncer une si triste nouvelle, et en ami véritable, il accourut sur-le-champ me donner des consolations.
O'J^rien avait reçu , des bureaux de l'amirauté , une lettre qui l'avertissait de sa nomination, et deux jours après son arrivée , il repartit pour aller à Londres chercher son brevet. Je lui avouai franchement par quel moyen il l'avait obtenu , et il termina de nouveau les remerciements dont il m'accabla , par une allusion à la sotte erreur d'après laquelle je passais pour être le nigaud de la famille.
— Par le ciel et par l'enfer ! il n'est personne qui ne voudrait avoh' de pareils nigauds pour amis, continua-t-il ; mais je n'ai pas l'intention de vous dire des flatteries , Pierre ; vous savez quelle a toujours été mon opinion sur votre compte. Ainsi, restons-en là sur ce sujet.