CHAPITRE XL
Quand il revint , nous eûmes une longue consultation sur la meilleure méthode à suivre , car nous étions l'un et l'autre impatients de reprendre la mer. Je regrettais de quitter ma sœur, mais mon père était si morose et si fantasque, que je n'avais d'autre plaisir sous le toit paternel que la compagnie de la bonne Hélène. Au reste , elle-même pensait (ju'il valait mieux que je m'en allasse, car la mysantliropie de mon père , que la présence de ma mèi^e ne le forçait plus à contraindre , semblait s'être accrue à tel point, qu'il me témoignait presque de la haine. Il fut donc unanimement convenu entre ma sœui', moi et O'Brien , qui était toujours de nos conseils , qu'il serait à propos que je me rembarquasse.
— Je viendrai beaucoup mieux à bout de lui quand je serai seule , Pierre ; je n'aurai alors rien qui puisse me distraire et me déranger, comme votre présence le fait maintenant , des soins dont je dois l'entourer. C'est pourquoi, mon devoir envers mon père et mon désir de votre avancement , me portent à vous prier de mettre en œuvre tous les moyens possibles pour obtenir du service.
— Vous parlez comme une héroïne , et malgré votre jolie figure; , malgré vos doux yeux , vous en êtes une miss Hélène, dit O'Brien. Maintenant, Pierre, à l'œuvre, pour mettre à exécution le conseil qu'on vous donne. Si je puis obtenir un vaisseau , vous êtes tiré d'embarras, car je vous choisirai pour lieutenant ; mais comment me tirerai-je moi-même
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d'affaire ? Croyez-vous qu'il soit encore possible d'intéresser en notre faveur le bonhomme d'Eagle- Park?
En tout cas, j'essaierai , répondis-je j je ne puis qu'être refusé, O'Brien.
En conséquence , le lendemain , je partis pour le château de mon grand-père, et j'arrivai, comme de coutume , vers onze heures du matin , à la loge du garde. Je traversai l'avenue et frappai à la porte; quand on me l'ouvrit , je remarquai parmi les domestiques une hésitation et un air contraint qui me déplurent. Je demandai des nouvelles de lord Privilège ; on me répondit qu'il allait assez bien , mais qu'il ne voyait personne.
— Mon oncle est-il ici ? repris-je.
— Oui , monsieur, répliqua le domestique d'un air significatif, et toute sa famille y est avec lui.
— Êtes-vous sûr que je ne puisse voir mon grandpère ? demandai-je , en appuyant sur le dernier mot.
— Je vais lui dire que vous êtes là , monsieur, répliqua l'homme , mais en cela même je viole les ordres qui nous sont donnés.
Je n'avais pas revu mon oncle depuis mon enfance ; aussi ne me souvenais-je aucunement de lui. Quant à ma tante et à mes cousines , je ne les avais jamais vues. Au bout d'une minute , on m'apporta une réponse^ et c'était une invitation à me rendre dans la bibliothèque. Quand j'y fus introduit, je me