‹ Pierre Simple (volume 2)Chapitre 83 sur 250 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

note du désir d'O'Brien, et le pria, s'il avait à disposer d'une vacance d'aspirant , de lui permettre d'envoyer un jeune homme à son bord; O'Brien consentit sans peine, lui serra la main, et quitta en toute hâte l'hôtel de l'amirauté pour venir nous faire part de toutes ces bonnes nouvelles.

— Maintenant, ajouta O'Brien , j'ai résolu de suivre le plan que voici. Je courrai d'abord à Plymouth arborer mon pavillon ; ensuite je demanderai un congé de quinze jours, et j'irai en Irlande voir comment on se porte, et si le révérend Mac Grath avance en besogne. Ainsi, Pierre, passons cette soirée le plus agréablement possible ; car quoique vous et moi devions bientôt nous retrouver ensemble, il se passera peut-être des années , si même le bonheur nous arrive jamais , avant que nous soyions encore tous trois assis sur le sofa où nous sommes.

Hélène, dont les nerfs étaient restés fort sensibles par suite de la mort de ma mère, baissa les yeux quand O'Brien exprima la crainte que peut-être ne nous retrouverions- nous jamais réunis, et j'aperçus quelques larmes qui brillaient dans ses longs cils. Mais (pielle heureuse soirée ne passai-je pas ! Mon père dînait eu ville et ne put nous déranger. J'avais d'un côté une sœur chérie, de l'autre un ami sincère. Combien il est peu de positions plus dignes d'envie!.. .

O'Brien nous quitta le lendemain dès la pointe du jour, et pendant le dejeuner une leltic fut remise à

mon père. Elle était de mon oncle, lui annonçait froidement que lord Privilège était mort tout d'un coup la nuit précédente , et l'informait qu'à l'issue des funérailles qui seraient célébrées d'une semaine en huit, aurait lieu l'ouverture du testament. Mon père me passa cette lettre sans proférer un mot, et continua à boire tranquillement sa tasse de thé au moyen de sa cuiller. Je ne puis dire que j'éprouvai beaucoup de chagrin en cette circonstance; toujours en éprouvai-je un peu, car le défunt m'avait montré une fois de l'amitié. Quant aux sentiments de mon père, je ne puis, ou dois-je plutôt dire, je ne voulus pas les analyser. Dés qu'il eut fini sa tasse, il se leva de table et s'en alla dans son cabinet. Je communiquai alors la nouvelle à ma sœur.

— Mon Dieu î dit-elle après quelques minutes de silence, en mettant la main sur ses yeux, à quel état de société , bizarre et contraire à la nature , il faut que nous en soyions venus, pour que notre père reçoive ainsi la nouvelle de la mort du sien ! N'est-ce pas terrible?

— Terrible en effet, ô la meilleure des filles, répliquai-je ; mais ne vous en étonnez pas lorsque toute espèce de sentiments sont sacrifiés à de mondaines considérations et à un vain titre. Tous les fils des familles nobles, à l'exception de l'aîné, n'obtiennent du moins qu'indiftérence, si on ne les abandonne pas tout-à-fait. Vertus, talents, on ne considère rien ; toute valeur intrinsèque est dédai-

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