CHAPITRE XLI
Magnifiques obsèques. — Lecture du testament ; elle ne ressemble pas trait pour trait à celle de Wilkie. — Lord Privilège me laisse une assez jolie somme. — Ce qu'il advient de mon legs. — Mon père, dans la chaleur de Pemportement, écrit un sermon pour se refroidir. — Je me rends à bord du brick d'O'Brien, et je rencontre Swinburne.
Au bout d'une semaine, j'accompagnai mon père à Eagle-Park pour assister aux funérailles de lord Privilège. Nous fûmes introduits dans la pièce où le
corps était, depuis trois jours, exposé sur un lit de parade. Les tentures noires, les hauts panaches, les riches ornements du cercueil et le nombre de bougies dont la salle était éclairée , tout produisait un solennel et grand effet. Je ne pus m'empêoher, pendant que je m'appuyais sur la balustrade placée devant le cercueil et que je songeais aux dépouilles qu'il avait reçues, de réfléchir que l'égoïsme de mon pauvre grand-père avait un instant paru prêt à se fondre pour ainsi dire en ma faveur, qu'il m'avait appelé son enfant, et que, selon toute probabilité, si mon oncle n'avait pas eu un fils, il serait mort dans mes bras, éprouvant pour moi une tendresse et une affection qui eussent été indépendantes de considérations mondaines. Je sentis que si je l'avais connu plus long-temps, j'aurais pu le chérir et qu'il m'aurait lui-même chéri , et je trouvai alors que tous les vains honneurs qu'on lui rendait après sa mort , compensaient bien peu la perte de ces réciproques sentiments d'amour qui eussent tant ajouté à son bonheur pendant sa vie. Mais il avait vécu pour la pompe et la vanité ; aussi la pompe et la vanité l'accompagnaient-elles jusqu'au tombeau. Je pensai à ma sœur Hélène , je pensai à O'Brien , et j'atteignis la conviction que Pierre Simple aurait pu être un objet d'envie pour feu le très honorable lord vicomte Privilège, baron Corston, lord lieutenant du comté, et l'un des très honorables membres du conseil privé de sa majesté.