‹ Pierre Simple (volume 2)Chapitre 86 sur 250 · CHAPITRE XLI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLI

Quand les funérailles qui avaient été fort splendides, mais fort ennuyeuses, furent achevées, nous ^ftmontâmes tous en voiture pour revenir à Eap-le- Park. Mon oncle, qui, bien entendu, avait déjà pris le titre du défunt, et qui avait conduit le deuil, nous y avait devancés afin de nous recevoir. On nous introduisit dans la bibliothèque , oil , sur le fauteuil si récemment et si constamment occupé par mon grand-père , était assis le nouveau lord. Prés de lui attendaient les gens de loi , avec des tas de parchemins devant eux. A mesure que nous avancions les uns après les autres , il étendait la main vers des fauteuils inoccupés et nous invitait ainsi à nous asseoir ; mais , sauf quelques mots que de temps en temps il échangeait avec les gens de loi , régnait le plus profond silence. Lorsque tous les membres de la famille , jusqu'aux cousins du quatrième et du cinquième degrés , furent présents , l'homme de loi qui se trouvait à droite de mon oncle mit ses lunettes, et , déroulant un parchemin , commença la lecture du testament. J'écoutai d'abord avec attention; mais, peu à peu , le nombre des termes techniques qui se succédaient, me dégoûta, et je pensai bientôt à autre chose. Toutefois, il y avait une demi-heure qu'on lisait, lorsque mon nom , venant à retentir, me tira de ma rêverie. C était un legs, à moi fait par codicile, d'une somme de dix mille livres sterling. Mon père, qui était assis à côté de moi , me poussa légèrement pour que j'ouvrisse les oreilles , et je remarquai que

sa figure n'était pas aussi lugubre qu'elle l'avait été depuis le matin. Une nouvelle aussi inattendue me combla moi-même de joie. Je me rappelai ce qu'avait dit mon père le jour que nous revenions ensemble d'Eagle-Park , que la bienveillance qui venait de m'ètre témoignée par mon aïeul me vaudrait un legs de dix mille livres dans son testament, et je m'étonnai fort qu'il eût juste deviné la somme. Je pensai aussi à ce que mon père m'avait confié du triste état de sa fortune et du chagrin qu'il éprouvait de n'avoir pas d'épargnes pour ses enfants : de même , je me félicitais , dans le cas où nous viendrions à perdre notre père , de pouvoir donner une existence à ma chère sœur Hélène, lorsque j'entendis mon nom retentir une seconde fois. C'était un second codicile, daté de huit jours auparavant, dans lequel mon aïeul , mécontent de moi , révoquait la disposition du premier. Ainsi, il ne me laissait rien. Je savais d'où partait le coup , et je regardai mon oncle en face; un malin plaisir brillait dans ses yeux, qu'il avait fixés sur moi dans l'attente de mon regard. Je répondis au sien par un sourire de profond mépris , et me tournai vers mon père , qui paraissait attéré. Sa tête tombait sur sa poitrine , et ses mains se crispaient l'une contre l'autre. Pour mon compte, quoique sensible au coup , car je savais combien la somme nous aurait rendu service , j'étais trop fier pour en laisser rien voir ; bien plus , je sentais que pour l'univeis , je n'aurais pas changé de position ,

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