CHAPITRE XLI
encore moins de sentiments avec mon oncle ; car lorsque les membres d'une famille qui survivent à l'un d'entre eux, appelé au tribunal de son créateur, se réunissent pour apprendre la manière dont il a disposé des ricbesses passagères et périssables qu'il laisse en ce monde, tout sentiment de rancune et de malveillance devrait s'éteindre , ne fût-ce que pour le moment, et permettre que la mémoire du défunt produisit la cbarité et le bon accord. Après une minute de réflexion , je sentis que je pouvais pardonner à mon oncle.
Mon père ne fut pas si généreux ; le codicilc qui me privait de toute part dans la succession était le dernier du testateur; l'homme de loi roula de nouveau le parchemin et ôta ses lunettes. Tout le monde se leva; mon père , saisissant son chapeau, et m'invitant d'une voix dure de le suivre, déchira son crêpe, et en se dirigeant vers la porte, en jeta les morceaux sur le plancher. J'ôtai aussi le mien , je le déposai sur la table , et je suivis mon père . Il appela sa voiture, attendit dans le vestibule qu'elle arrivât devant le perron , et y monta précipitamment. J'y montai après lui ; il leva les glaces et ordonna au domestique de nous reconduire à la maison.
— Pas une obole ! Par le Dieu du ciel, pas une obole 1 Mon nom n'a été même mentionné que pour une méchante bague de deuil ! Et le vôtre... mais, dites-moi , monsieur , qu'avez-vous donc fait pour perdre la bonne opinion de votre aïeul depuis qu'il
VOUS avait légué une si belle somme ? Voyons , monsieur , dites-le-moi sur-le-champ , s'écria-t-il avec rage.
— Rien, mon père, rien que je sache j mais mon oncle est évidemment mon ennemi.
— Et pourquoi serait-il contre vous un ennemi tellement acharné ? Pierre , il doit avoir eu quelque raison pour décider votre aïeul à révoquer le legs fait par lui en votre faveur, et j'insiste, monsieur, pour que vous me l'appreniez à l'instant même.
— Mon cher père , nous reparlerons de ce sujet quand vous serez plus calme , car je me flatte que vous ne m'accuserez pas de vous manquer de respect , quand je vous aurai dit que comme membre de l'église anglicane...
— Au diable l'église anglicane et ceux qui m'y ont fourré ! s'écria mon père en proie à une véritable fureur.
Cette exclamation me choqua , et je ne soufflai plus mot. Mon père aussi parut bientôt honteux de son langage emporté. Il s'enfonça dans un coin de la voiture, et garda un sombre silence jusqu'àla porte de la maison. Dés que nous fûmes entrés, il se retira dans son appartement, et je montai près de ma sœur Hélène qui était dans sa chambre à coucher. Quand je l'eus instruit des divers événements du matin, nous tombâmes d'accord qu'il n'était pas convenable d'apprendre à mon père quelles raisons avaient déterminé mon oncle à me vouer une haine si vio-