‹ Pierre Simple (volume 2)Chapitre 9 sur 250 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

O'Brien passa tendrement le bras autour de la taille de niiss Eurydice, et M. Apollon grinça des dents de manière à être entendu d'un bout à l'autre de la salle. — C'est pourquoi, messieurs, avec votre permission, je propose la santé des Barbadiennes. Ce discours d'O'Brien fut déclaré , par les femmes du moins, être infiniment supérieur à celui de M. Apollon Jobnson. Miss Eurydice se montra encore plus gracieuse pour lui, et les autres dames la jalousèrent encore davantage.

Beaucoup d'autres toasts furent portés, beaucoup d'autres bouteilles furent bues, et enfin l'bumeur de la partie mâle de la compagnie parut devenir assez querelleuse. M. Apollon, cependant, avait ta reprendre l'avantage, et après plusieurs a hum ! » et plusieurs i( Ah ! » il demanda la permission d'émettre un avis. — Messieurs et mesdames , dit-il , je demande donc à dire :

A la santé du coq galant, Qui, faisant la cour dès Paurore, Et le soir couché sur le liane, Le lendemain la fait encore I

Cet «m- fut couvert d'appl.uidissements, et lorsque le silence fut rétabli , miss Betsi Austin se leva. — Tout inaccoutumt'e que je sois , dit-elle , à p;u'Ier en public, je ne dois cependant pas rester assise et ne pas remercier Monsieui* de son aimable toast. Au nom des dames, je demande à proposer mi .mire axis :

A la saille de poule qui du coq En aucun temps l'hommage ne refuse, Mai» qui se tient sans cesse prèle ad hoc. Autant de fois que le gaillard en use !

Si le premier toast avait excité des transports , le second fut accueilli avec enthousiasme; mais à peine fut-on calme, que nous reçûmes une espèce de soufflet de la maîtresse du logis. — Maintenant, messieurs et mesdames, dit-elle en se levant de nouveau, je crois à propos de vous dire de vous retirer ; je ne laisse jamais les gens s'enivrer ni en venir aux coups dans ma maison ; ainsi donc j'estime qu'il est bon de trinquer une dernière fois , et je vous suis fort obligée de l'honneur que vous m'avez fait.

Comme observa O'Brien, c'était insinuer clairement qu'on eut à s'en aller ; nous bûmes donc tous notre dernier verre , ainsi que miss Austiu nous en priait et que nous le désirions nous-mêmes, et nous nous mîmes en devoir d'escorter nos danseuses jusque chez elles. Pendant que j'aidais miss Minerve à ajuster son schall de crêpe rouge, un orage se formait d'un autre côté , à savoir entre M. Apollon Johnson et O'Brien. O'Brien était fort empressé auprès de miss Eurydice , et lui murmurait à l'oreille ce qu'il appelait de douces blagues, lorsque M. Apollon, qui était dans un transport bouillant de jalousie, s'approcha, et dit à miss Eurydice qu'il aurait l'honneur de la reconduire chez elle.

— Vous pouvez vous en éviter la peine , vilain racleur de violon^ répliipia OBiieu ; madame m'a

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