CHAPITRE XVI
et que Taspeel tout nouveau pour moi des parages que je vovais m'empêcha de penser à autre chose. Chacun d'ailleurs, était si gai, si heureux autour de moi ,que l'exemple me gagna. Au bout d'une quinzaine , nous jetâmes Tanere dans la baie de Gibraltavy et on décapela la frégate pour la réparer. Il y avait tant de besogne à bord que je n'osai pas demander la permission d'aller à terre. Même M. Falcon avait répondu à phisieurs de mes camarades par un refus, et quelque impatience que j'éprouvasse de connaître une forteresse qui passait pour si extraordinaire , je préférais ne pas faire de demande. Un soir, j'étais à regarder par-dessus le passavant, tandis que les gens de l'équipage soupaient; M. Falcon vint à moi et me dit : — Eh bien ! M. Simple, à quoi pensez -vous donc? — Je suis émerveillé, répondisje en portant la main à mon chapeau, qu'on ait pu tailler sous ces raleries dans le roc vif, et elles doivent être foi^t curieuses.
— C'est-à-dire que vous êtes fort curieux de les voir. Eh bien ! puisque vous avez assiduement fait votre service tous ces jours -ci et que vous n'avez pas demandé la permission d'aller à terre , je vous permettrai demain malin d'y aller, et même d'y demeurer jusqu'au coup de canon de retraite.
Cette faveur m'enchanta d'autant plus , que les officiers de la fn'gate avaient été tous invités à un ibanquet par ceux de la garnison, et que comme tous ceux qui pouvaient venir à terre furent priés d'être
du nombre des convives, je me trouvai de la partie. Le premier lieutenant s'était excusé , sous prétexte de l'immense besogne qui le retenait sur le vaisseau; mais la plupart des ofTiciers supérieurs et quelques aspirants furent à même d'accepter l'invitation. Nous nous promenâmes dans la ville et sur les remparts, jusqu'à l'heure du diner, et nous primes alors le chemin des casernes. Le repas fut fort bon, et nous fûmes tous fort joyeux ; mais après qu'on eut apporté le dessert, je m'esquivai avec un jeune enseigne, qui me conduisit d'un bout à l'autre des galeries et m'y expliqua tout en détail , manière d'employer mon temps beaucoup meilleure que celle dont les autres l'employèrent, comme le lecteur en conviendra sans doute. Je me trouvai à la poterne avant le coup de canon ; la chaloupe y attendait, mais nul officier n'arriva. Le canon gronda , le pont-levis fut levé, et j'eus peur que mon retard ne m'attirât des reproches , mais la chaloupe qui était venue prendre des officiers supérieurs n'avait pas ordre de revenir sans eux. Environ une heure après, lorsque la nuit fut tout-à-fait noire, la sentinelle coucha en joue une personne qu'on entendit s'approcher et cria ; — Qui vive ? — Officier de marine, gris, dans une brouette ! répondit une forte voix qui chantonnait. La sentinelle releva son arme, et chantonnant aussi : — Passez, officier de marine, gris, sur une brouette! dit-elle, tout va bien! Apparut alors un soldat en uniforme qui roulait sur une brouette le