CHAPITRE XVI
VOUS avait! que tous ses agrès aussi étaient bien tenus! et comme chaque chose paraissait soigneusement arrimée sous ses écoutilles. Puis , elle vrguait avec tant d'élégance, elle s'élevait et redescendait avec tant de légèreté, elle ressemblait tant à une frégate avec ses jolies voiles de perroquet, que je ne pus m'empècher de me tenir dans ses eaux. A un moment où elle virait soudain de bord au détour d'une rue, et continuait sa marche droit comme une flèche, sans rien céder au vent, je fis force de voiles pouimarcher bord à bord avec la petite, et une fois arrivé sous son flanc, je pus l'examiner de prés. Je n'ai jamais vu un si beau contour d écusson, et tout en si bon ordre, pas un bout de ficelle qui passât 1 De par le diable! me dis-je, M. Simple, si son tableau de couronnement et sa proue sont sortis des mains du même ouvrier, c'est une perfection. En conséquence je la dépassai, jembardai légèrement, je distinguai à travers son voile et j'aperçus deux yeux noirs, aussi brillants que des grains de chapelet, aussi longs que des prunes de damas. J'en avais assez vu, et ne voulant pas l'effrayer, je me laissai dériver un peu. Bientôt après elle changea de direction, et gouverna vers cette maison blanche. Comme elle allait l'accoster et tandis que je jouais autour de ses flancs, passa une procession de prêtres qui portaient le saint viatique à quelque mourant. Ma petite frégate baissa respectueusement ses voiles de perroquet, comme les .autres nations ont eu l'habitude dele faire, et comme
T. I. PIEKKE SIMPLE. IJ
elles devraient la reprendre, les gueuses , toutes les fois quelles passent sous le pavillon de la vieille Angleterre.
— Que voulez-vous donc dire ? demandai-je.
— Eh bien ! qu'elle étendit par terre son mouchoir blanc , qui flottait dans sa main pendant qu'elle marchait, et qu'elle posa un de ses genoux dessus. Jefisdemême, parce quejétais obligé dememettre en panne pour garder ma position , et je crus que si elle me voyait, elle en serait contente. Quand elle se releva, je me remis également sur mes jambes; mais dans ma précipitation, je n'avais pas choisi une place très propre, et je m'aperçus, lorsque je me relevai , que ma culotte de basin blanc était dans l'état le plus déplorable. La jeune dame se retourna, ne put s empêcher de rire à la vue de mon infortune , et entra dans la maison blanche , tandis que je restais là comme un imbécille , regardant tantôt la porte de la maison , tantôt ma pauvre culotte. Toutefois , il me vint à ridée que je pourrais tirer de l'accident un moven de faire connaissance avec elle ; j'allai donc à la porte et je frappai. Un vieux gentilhomme, qui était son père, enveloppé d'un vaste manteau, se présenta; je lui montrai ma culotte et le priai en espagnol de me donner un peu d'eau pour la nettoyer. La fille reparut alors sous l'horizon , et raconta à son père comment le malheur était arrivé. Le vieillard s'étonna de ce qu'un Anglais fut si bon chrétien, et sembla enchanté. Il m'invita fort poliment à