‹ Pierre Simple (volume 3)Chapitre 108 sur 219 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

entrer, et envoya une vieille femme cherclier de Teau. Je m'aperçus qu'il fumait nu moi-ceau de papier, et comme fort heureusement j avais deux ou (rois douzaines de cigares delà Havanne dans ma poche,car je n'en fume jamais d'autres, M. Simple, et ce sont, à mon avis , les seuls que puisse fumer un gentilhomme, je les tirai et les lui offris. Ses yeux hrillèrenl en les vovant; mais il refusa d en accepter plus d'un; cependant j insistai pour qu il acceptât tout le paquet , lui disant que j'en avais encore beaucoup à bord, qne je n'en voulais garder qu'un, afin de pouvoir le fumer avec lui. Il me pria alors de m'asseoir, et la vieille apporta du vin , aigre en diable , mais que je déclarai exquis , quoique le cœur m'eût soulevé de le boire. Il me demanda si j'étais bon chrétien. Je répondis l'être. Je savais qu'il voulait dire catholique, car eux tous nous appellent des hérétiques, M. Simple. La fille nous rejoignit bientôt sans voile, et c était une beauté accomplie; mais je ne la regardai pas et ne m'occupai nullement d elle après le premier salut, tant j'avais peur de rendre le vieux gentilhomme soupçonneux. 11 me demanda alors qui j'étais? quel était mon grade? si j'étais ciipitaine? Je répondis que non. Si j'étais «^ tenente, » ce qui signifie lieutenant ? Je répondis encore que non, mais avec im air de dédaia, comme si j'eusse été quelque chose de mieux. Qu"étais-je donc? Je ne me rappelais pas comment se disait contre-mai tre en espagnol; et, à ne vous rien cacher, j'étiùs honteux de mon

humble condition. Je savais, toutefois, qu'il y avait en Espagne un officier qu'on appelait corrëgidor ; vous comprenez un correcteur, un magistrat chargé de punir. Je pensai donc que ce mot exprimait assez bien la nature de mes fonctions à bord dun vaisseau , et je répondis que j'étais corrëgidor. Mais , M. Simple, un corrëgidor, en Espagne, est un personnage de haut rang et de haute importance; aussi crurent-ils que j'étais un personnage de ce genre, et ils semblèrent charmés. La jeune demoiselle me demanda alors si j'appartenais à une bonne famille, si j'étais gentilhomme ou non. Je lui répliquai que j'aimais à le croire. Je demeurai encore une demiheure avec eux après avoir achevé mon cigare ; je levai alors le siège , et l'emerciant le vieux père de son obligeance, je lui demandai la permission de lui apporter encore quelques vrais cigares de la Havanne , après quoi je sortis de l'appartement. La fille m'ouvrit elle même la porte de la rue , et je ne pus m'empécher ni de lui prendre la main et de la porter à mes lèvres, ni...

— Où est M. Glousse? qu'on envoie -sur-le-champ le contre-maître ici ! s'écria le premier lieutenant.

— Me voici , monsieur, répondit M. Glousse , en se hâtant de courir où il était appelé, et me laissant au beau milieu de son histoire.

— Le gabier de la grande hune se plaint que le cale-hauban est fort usé dans la fourrure. Courez làgalhaut et examinez-le, dit M. Falcon.

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