CHAPITRE H
ridée que vous êtes quelque pauvre diable d" Ecossais, peut-être le contre-maitre eu second d'un navire marchand. Voilà une demi-couronne pour votre service de tout-à-riieure. Je vous donnerais davantage si je pensais que vous dussiez le dépenser.
Le voyageur ne put s'empêcher de rire, et accepta la demi-couronne^ qt^e je le vis ensuite donner à un mendiant en cheveux gris, au bas de Postdown Hill. Je le questionnai pour sa^ oir dans combien de temps nous serions à Portsmouth; il me répondit que nous passions les lignes; mais je ne voyais pas de ligne, et j'étais honteux de montrer mon ignorance. 11 nie demanda à bord de quel vaisseau je me rendais. Je ne pus m'en rappeler le nom ; mais, lui dis-je, il est écrit en gros caractères sur le couvercle de ma malle qui vient par le roulage. Tout ce dont je me souviens, c'est qu'il s'agit d'un nom français.
— N'avez-vous pas de lettre d'introduction pour le capitaine? répliqua-t-il.
— Si fait, j'en ai une, répondis-je. Et, tirant mon porte-feuille où elle était , je lui en lus l'inscription : (c Au capitaine Savage, commandant le navire de Sa Majesté le Diomède. »
Il me prit la lettre des mains, et , à mon extrême surprise , allait tout tranquillement en briser le cachet , lorsque , m'apercevant de son dessein , je me hâtai de la ressaisir, et ne me gênai pas pour lui déclarer qu'après une telle infraction aux régies de
l'honneur, je ne pouvais plus le considérer comme gentilhomme.
— Tout comme il vous plaira , mon jeune ami , reprit-il. Rappelez-vous seulement d'avoir dit que vous ne pouviez pas voir en moi un gentilhomme.
S'cnveloppant alors dans son manteau à raies , il n'ouvrit plus la bouche , et je me sentis passablement fier de lui avoir imposé silence par la fermeté de ma conduite.