‹ Pierre Simple (volume 3)Chapitre 110 sur 219 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

voiles furent déployées aussitôt; on battit la générale, on alluma les mèches, on ouvrit les soutes aux munitions. Les vaisseaux de ligne français s'apercevant que contre leurs quatre frégates n'en étaient envoyées que deux des nôtres , mirent en panne à environ même distance des leurs que nos vaisseaux de ligne et nos frégates Tétaient de nous. Pendant le même temps, le gros de notre flotte se dirigeait vers la côte avec la plus grande célérité possible, et le gros de la flotte française se rapprochait aussi de ceux de ces navires qui sétaient détachés d'elle. Toute la scène me rappela les tournois dont j'avais lu le récit; on s'invitait de part et d'autre à descendre dans la lice; seulement par rapport à nous , nos ennemis étaient deux contre un, glorieux hommpge qu'ils rendaient à notre supériorité. Au bout d'une heure, nous avions tellement approché des frégates françaises , qu'elles mirent à la voile et commencèrent le feu. Nous attendîmes , nous , pour tirer, à ne plus être quà un quart de mille ; alors nous lâchâmes notre bordée à la frégate la plus voisine , après avoir eu soin de nous placer relativement à elle, de façon que notre avant fut tourné du côté de son arrière et notre arrière du côté do son avant. Le Cheval marin, qui nous suivait, lui lâcha aussi une bordée. Grâce à la manœuvre, nous échangeâmes avec chacune des quatre frégates ennemies , et lavantage nous resta , parce qu'elles ne rechargeaient point aussitôt que les nôtres. Les deux nôtres furent encore prêtes à

tirer sur elles quand elles passèrent devant nous ; mais elles-mêmes n'eurent pas de bordées pour le Cheval marin qui nous suivait de fort prés, en sorte qu" elles en reçurent chacune deux, que le Diomède en reçut quatre et que le Che'.'al marin n'en reçut pas une seule. Nos agrès étaient dans un affreux délabrement, et nous avions six ou sept blessés, mais pas un mort. Les frégates françaises avaient souffert davantage , et leur amiral , s'apercevant qu'elles étaient fort endommagées , leur fit le signal de rappel. Sur ces entrefaites, nous avions, le Cheval marin et nous , viré de bord, et nous donnâmes la chasse , vent arriére, à celle qui des quatre s'était avancée le plus loin ; les vaisseaux de ligne français , remarquant notre intention , serrèrent tout le vent , sauf deux points , pour venir à leur secours , et le reste de l'escadre d'observation gouverna presque en notre ligne vers nous , avec tovites voiles déployées pour nous soutenir aussi. Mais le vent était ce que les marins appellent un vent de soldat , c'est-à-dire qu'il soufflait de manière que les vaisseaux pussent marcher dans un sens ou dans un autre et sortir du port ou y rentrer à volonté. Donc , tandis que les frégates françaises , conformément à leurs ordres , retournaient vers le vaisseau de ligne , ceux-ci venaient à eux pour les secourir. Mais notre capitaine ne voulait point abandonner la partie, quoique chaque minute nous rapprochât tous des vaisseaux de ligne français. Poursuivant toujours les frégates,

Page 1