‹ Pierre Simple (volume 3)Chapitre 111 sur 219 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

nous échangions avec elles bordées sur bordées le plus vite que nous pouvions. Il y en eut une qui^ perdant son petit màt de mizaine, fut obligée de ralentir sa course , et nous espérions la couper ; mais les autres raccourcirent leurs voiles pour la soutenir. Cette lutte avait duré un gros quart d heure , et les vaisseaux de ligne français avaient eu le temps d'approcher à moins d'un mille de nous ; déjà même notre commodore nous avait fait un signal de rappel ; car il craignait que nous ne fussions accablés par le nombre et pris. Mais le Cheval marin, qui seul vit le signal, ne le répéta pas; et notre capitaine, qui était résolu à ne pas le voir, ordonna à l'homme en vigie de regarder dans une autre direction. Le combat continuant , deux des frégates françaises avaient été mises en pièces et n'ofïraient plus qu'un monceau de débris j^ quand les vaisseaux de ligne français commencèrent à tirer. Il était alors plus que temps de battre en retraite. Chacun de nous lâcha encore une bordée ; après quoi nous virâmes de bord pour regagner notre escadre qui était à environ quatre milles, et qui, presque sous le vent, tâchait de venir à notre aide. Comme nous virions, notre grand mât, qui avait été gravement blessé , tomba dans Teau, et les Français , qui s'en aperçurent , firent force de voiles , dans l'espoir de nous capturer -, mais le Cheval marin ne nous quitta point j nous saisîmes tous deux le vent , et nous les attirâmes jusqu'à deux longueurs de câble de nous. Ce fut alors seulement

que nous crûmes utile de gouverner vers nos propres vaisseaux; mais un des navires français qui était aussi bon voilier qu'une frégate , parvint à nous prendre en tlanc et nous lâcha une bordée qui nous écorcha les oreilles d'une multitude d'éclats. Pour moi , je crus que nous allions infailliblement être pris ; mais , au contraire , et quoique plusieurs matelots eussent reçu la mort, le capitaine cria au lieutenant : — Qu'ils tardent un peu plus encore , et leur perte est inévitable ! Au même moment nos vaisseaux de ligne ouvraient leur feu, et bientôt l'avantage changea de côté. Les Français Cubent volteface et décampèrent le plus vite qu'ils purent, car ils étaient poursuivis par toute notre escadre, à l'exception du Diomède qui était beaucoup trop désemparé pour leur donner aussi la chasse. Une de leurs frégates en avait pris en tone une autre qui avait perdu son mat de perroquet , et notre escadre les serrait vigoureusement. Pendant ce temps , la flotte anglaise ne se trouvait plus distante que de trois milles , et la flotte hançaise était en pleine marche pour porter assistance à ceux de ses vaisseaux qui avaient déjà donné. Je croyais donc, et tout le monde était du même avis , qu'une action générale allait s'engager; mais nous fumes déçus dans notre espoir. La frégate qui en remorquait une autre, désespérant d'échapper avec elle , la lâcha et l'abandonna à son destin, qui fut d'arborer les couleurs du commodore de l'escadre d'observation. La chasse continua jusqu'à

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