‹ Pierre Simple (volume 3)Chapitre 112 sur 219 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

ce que la totalité des navires français fussent retournés sous leurs batteries, et alors notre flotte, avec sa prise qui se ti'ouva être le JSarcisse , de trente-six canons , capitaine le Pelletier , regagna aussi sa station ordinaii-e. Notre capitaine retira beaucoup d'honneur de son intrépide conduite en cette circonstance. Nous eûmes quatre morts , trois matelots et l'aspirant Pvobinson , puis dix blessés , dont quelques-uns très grièvement. Je crois que ce combat me guérit de la peur des boulets , car pendant les quelques jours que nous restâmes avec la flotte, on tira souvent sur nous, lorsque nous allâmes en reconnaissance, mais je restai tout-à-fait indifférent. A l'époque où elle était attendue, arriva la frégate qui devait remplacer la nôtre devant Toulon , et il nous fut alors permis daller en croisière. Mais avant de raconter les détails de cette expédition , je parlerai d une cour martiale qui s'assembla pendant que nous étions avec la flotte et où siégea notre capitaine qu'on rappela tout exprès de l'escadre d observation. Je fus laspirant désigné pour suivre M. Savage, et je restai à bord du vaisseau amiral lout le temps que durèrent les séances de la cour.

Deux marins, l'un français, et l'autre anglais, comparurent pour le fait d'avoir déserté d'une de nos frégates, lis avaient quitté leur navire depuis environ trois mois, et dans 1 intervalle, la frégate, capturant un corsaire français, les y avait trouvés à bord, où ils faisaient partie de l'équipage. Quant à l'Anglais,

on n'a pas besoin de le dire, il ne pouvait rien alléguer pour sa défense. Il méritait la peine de mort, et on la prononça immédiatement contre lui. La désertion peut avoir quelque excuse lorsqu'on songe que les matelots sont amenés de force sur les vaisseaux de l'état, mais il n'est nullement excusable de combattre contre son pays. Le cas du Français n'était point le même. Il était né en France; il y avait été élevé, et avait servi dans Fartillerie de la marine française au siège de Cadix où il avait été fait prisonnier par les Espagnols. Craignant chaque jour qu'on ne lui coupât le cou, il était parvenu à se réfugier sur la frégate anglaise mouillée dans le port, et je le crois vraiment, n'était entré à notre service que pour mettre ses jours hors de péril. Il avait passé presque deux ans sur la frégate avant de pouvoir exécuter son projet de désertion, et ce n'était qu'à son retour en France qu'il s'était engagé à bord du corsaire fj-ançais. Pendant toute la durée de son séjour sur la frégate anglaise, il avait joui d'une excellente réputation. Le fait le plus grave qu'il y eût contre lui était que lors de son arrivée à Gibraltar on lui avait oflert de le naturaliser sujet de l'Angleterre et qu'il l'avait accepté. Lorsqu'on demanda à l'Anglais ce qu'il avait à alléguer pour sa défense , il répondit qu'on l'avait enlevé de vive force d'un vaisseau américain, qu'il était en Amérique, qu'il n'avait jamais été naturalisé. iNïais toutes ses allégations étaient autant do mensonges. Le Français se défendit avec

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