‹ Pierre Simple (volume 3)Chapitre 113 sur 219 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

tant (l'éloquence pour un pauvre diable de si bas étage, que je fus assez heureux pour recueillir son petit plaidoyer et que je vais le donner ici.

Monsieur le président et messieurs les membres de l'honorable cour, c'est avec riiumilité la plus profonde que je me hasarde à prendre la parole devant vous. Je serai bref et ne tenterai pas de nier les charges qui ont été produites contre moi, mais je me bornerai à quelques faits dont la considération, je l'espère, vous disposera à adoucir le châtiment auquel je puis être condamné par suite de ma faute; — faute qui a eu pour motif, non une intention coupable, mais un ardent amour de mon pays. Je suis né Français, et ma vie s'est passée au service de la France jusqu'au moment, où, peu de mois après la révohition espagnole, j'ai, avec tous ceux qui composaient l'escadre française de Cadix, été fait prisonnier. Les privations et les affreux traitements que j'eus alors à souffrir lassèrent ma patience. Je parvins à m'évader, j'errai dans la ville pendant deux ou trois jours, m'attendant de minute en minute à y être assassiné, destin qui fut celui d'un trop grand nombre de mes malheureux compatriotes, et, poussé au désespoir par la faim, ne croyant pas pouvoir m'échapper autrement de Cadix, je fus réduit à la nécessité de m'offrir comme volontaire à bord d'une frégate anglaise. Je n'osai pas , comme je l'aurais dû faire, avouer que je m'étais évadé de prison, de crainte qu'on ne me laissât entre les mains

des Espagnols. Pendant tout le temps que j'ai servi à bord de votre frégate, quant à ma conduite, je m'en remets avec confiance au témoignage du capitaine et des officiers.

L'amour du pays natal peut sommeiller quelque temps, mais il finit toujours par se réveiller. A moi ce sont des circonstances toutes particulières qui m'ont inspiré un irrésistible besoin de regagnei mon pays ; moi, je retournais y remplir mon devoir, et c est pour l'avoir rempli que je vais être à jamais privé du bonheur de remettre le pied sur un sol qui m est si cher, du bonheur de revoir mon vieux père et ma vieille mère qui me bénissent en mon absence, du bonheur d embrasser encore mes frères et mes sœurs, et que je vais finir mes jours sur un échafaud, non pour le crime que j'ai commis en entrant à votre service, mais pour un acte de patriotisme et de repentir, — pour être retourné au service du mien. Dans le premier cas, tout, même la profonde misère où j étais, doit atténuer mon crime à vos yeux ; dans le second, j'ai une bonne conscience qui, je l'espère, me soutiendra jusqu'au bout.

Messieurs, je vous supplie instamment de considérer ma position, et je suis sûr que vous serez assez généreux pour avoir pitié de moi. Laissez cet amour de votre pavs , qui maintenant enflamme vos cœurs et vous porte à lui sacrifier tout, mais votre conscience plaide pour moi. Déjà l'humanité du peuple anglais a soustr.iit des miUiers de mes conq^atriotes à la rage

Page 1