‹ Pierre Simple (volume 3)Chapitre 118 sur 219 · CHAPITRE XV ir · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV ir

pendant tout ce temps je ne restai jamais tranquillement à Tancre plus d'une minute à la fois. Je me mis à ses genoux, je prodiguai promesses et serments, je lui baisai d'abord les pieds, ensuite les mains , et enfin, à force de m'avancer aussi rëf^ulièrement qu'un homme qiii s'accroche à l'aubier et qui se glisse peu à peu par la fenêtre de la cabine, j'arrivai à ses lèvres. Elle était charmante ! tantôt elle souriait, soupirait, puis me repoussait ; tantôt elle me serrait elle-même la main, puis se mettait en colère, et fronçait les sourcils à me désespérer. L'instant d'après , avec un regard velouté de ses yeux noirs qui brillaient d'un feu si doux, elle me rendait au bonheur. Finalement elle m'assura qu'elle tâcherait de maimer, et me demanda si je voudrais l'épouser et vivre en Espagne. Je répondis que c'était mon vœu le plus ardent; et ma foi, je parlais sincèrement avec elle, seulement je ne savais trop où je prendrais de l'argent pour le ménage, car je ne pouvais pas , comme le faisait son père, me suffire avec un cigare de papier et une côte de melon par jour. N'importe! ce fdt, en paroles du moins , une affaire bâclée. Quand le papa descendit, la vieille domestique lui annonça que je venais d'arriver à l'instant , et que sa fille était dans sa propre chambre ; elle y était , car elle avait pris la fuite dès qu'elle avait entendu les pas de son père. Je tirai ma révérence au vieux gentilhomme, et lui donnai les cigares. Il étaitglacial d'abord, mais leur vue le mit de bonne humeur , et au bout de

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({uelques minutes dùna St-raphina , car vous saurez qu'une dame s'appelle une dôna en espagnol , entra d:ins 1 appartement, mais elle me salua avec autant de cérémonie que si nous n'avions pas été tout une heure à nous dévorer de caresses. Je ne pus prolonger beaucoup ma visite, car il se faisait tard; je pris donc avec le vieux gentilhomme un verre de son vin aigre et levai le siège. Lui-même me pria de revenir, mais la jeune demoiselle ne m honora presque d'aucune attention , ni le temps que je restai ni lors de mon départ.

— Oh ! oh ! M. Glousse, il me semble que la petite s'entendait assez bien à tromper.

— Hélas î que trop bien, i\î. Simple ; mais un homme pris d amour ne voit plus clair et je vais vous dire pourquoi. S'il pai^vientà emporter la place, il est aussi amoureux de lui-même que de sa belle , tant il est orgueilleux de la victoire ! ce fut mon cas. Si j'avais retrouvé l'usage de mes yeux, j'aurais "vu que la fille qni trompait son vieux père pour un sihiple étranger, tromperait certainement celui-ci à son tour. îMais si l'amour aveugle un homme , la vanité, ^[. Simple, l'aveugle encore davantage. Bref, je fus un âne.

— Bahl M. Glousse, vous aviez une si bonne excuse .

— Peut-être. Enfin, M. Simple, je la vis tant et tant, que je devins éperdument amoureux, et le père qui semblait ne plus ignorer notre intrigue

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