CHAPITRE XVII
Séraphina devenait. Je la découvris bientôt dans sa loge parmi plusieurs autres dames, et avec elles étaient mon capitaine et le premier lieutenant. Le capitaine, qui parlait bien l'espagnol, se penchait sur ma future ; il causait, plaisantait avec elle, et Séraphina elle-même riait à ses discours. J'eus en^ie de sortir sur-le-champ, de crainte qu'elle ne vint à me voir et ne découvrit que je lui avais conté un tas de mensonges; mais ils semblaient déjà si intimes tous deux, et cette intimité me rendit tellement jaloux, que je ne pus quitter la salle. A la fin elle m'aperçut, et me fit un signe de la main; j'en eus l'air furieux, et je décampai du théâtre en jurant comme un fou. Il parait qu'elle me montra au capitaine et lui demanda qui j'étais; le capitaine l'informa de ma vraie condition à bord et parla de moi avec mépris. Elle voulut savoir si du moins je n'étais pas d'une famille noble ; à cette question, le capitaine et le premier lieutenant éclatèrent de rire, et répliquèrent que j'étais un simple matelot qui, par sa bonne conduite, avait gagné un petit grade, pas tout-à-fait un officier, et rien moins qu'un gentilhomme. Bref, M. Simple, je fus coulé bas, et quoique le capitaine eût dit de moi plus que l'exacte vérité, comme les offi ciers me l'apprirent par la suite, encore méritais-je un tel affront. Déterminé à connaître toute l'étendue de mon malheur, j'attendis la fin du spectacle en dehors du théâtre; et alors je vis Séraphina sortir avec
ses parentes; mais le capitaine et le premier lieutenant les accompagnaient et je ne pus lui parler. Je me rendis dans une posada, c'est-à-dire une auberge, et je bus sept bouteilles de Rosolio pour me calmer un peu; ensuite je m'en allai à bord, et le second lieutenant, qui était revêtu de Tautorité suprême jusqu'au lendemain me mit aux arrêts pour ivresse. J'y demeurai toute une semaine et vous pouvez, M. Simple, vous imaginer ce quej'eusà souffrir. Enfin, j obtins la permission d'aller à terre, et je courus à la maison blancbe pour y apprendre mon sort. La vieille servante, qui vint mouvrir, m'appela un voleur et me jeta la porte au nez. Comme je me retirais, dôna Séraphina parut au balcon, et me faisant de la main un geste de mépris : — Adieu, me ditelle, adieu, beau gentilhomme ! Je regagnai le vaisseau dans une telle rage, que si j'avais pu obtenir ducanonnier qu'il me donnât une cartouche à balle, je me serais brûlé la cervelle. Ce qu'il y eut de pire fut d'être bafoué par tous les gens de l'équipage, car le capitaine et le premier lieutenant avaient conté l'histoire à tout le monde.
— Certes, JM. Glousse, quoique vous méritassiez bien d'être puni de votre imposture , je ne puis m empêcher de vous plaindre; mais l'affaire, ditesmoi , se termina-t-elle de la sorte?
— En ce qui me concernait, oui, M. Simple j mais non par rapport à d'autres. Le capitaine prit