CHAPITRE XVII
ma place, mais à Tinsu du père; en somme, ni la belle ni son nouvel adorateur n'eurent beaucoup à s'applaudir de Téchan'^e.
— Et comment, M. Glousse? que voulez-vous dire?
— Je veux dire, M. Simple, que le capitaine ne la prit pas pour légitime épouse, comme je l'eusse fait, que le père découvrit l'intrigue^ et qu'une nuit l'hem^eux amant fut ramené à bord avec un coup de poignard dans le ventre. Nous mimes immédiatement à la voile pour Gibraltar, mais la guérison du capitaine fut fort longue , et , à peine guéri , il lui arriva une autre infortune.
— Laquelle, s'il. vous plaît?
— Eb bien ! M. Simple, il perdit son contremaître , car je ne pouvais supporter sa vue , et en me perdant il perdit , comme vous devez le savoir, non encore par vous même , mais au dire de bien d autres, un contre-maître qui entend son métier.
— En effet , M. Glousse , tout le monde vous rend justice , et je suis sûr que notre capitaine , si vous le quittiez , vous regretterait fort.
— Je me flatte, M. Simple, d'avoir laissé des regrets de moi à tous les capitaines qui m'ont eu à leiir bord. Mais ce n'était pas tout ce qu'il devait perdre, M. Simple. La croisière suivante , il perdit ses mâts; la perte de ses mâts occasionna celle de son vaisseau, et depuis lors on ne lui en a plus confié d'autre, mais on l'a mis à la retraite. Or, de tout le
temps que j'étais resté avec lui, il n'avait jamais perdu le plus petit agrès. Un mât n'est rien par luimême , M. Simple: ce n'est qu'une pièce de bois; mais disposez convenablement vos agrès, et alors un mât devient aussi solide qu'un roc. Demandez a M. Faulkner, il vous en dira autant, et je n'ai jamais connu d'oiTicier qui sût mieux que lui assurer un mât.
— Mais, la fille? demandai-je. Avez-vous encore entendu parler d'elle?
— Oui; environ un an après, je revins ici sur un autre vaisseau. On l'avait enfermée dans un couvent et forcée à prendre le voile. Oh! si vous saviez, M. Simple, combien j'ai aimé cette Séraphina ! je n'ai jamais été depuis que civil pour une femme, et je veux mourir célibataire. Vous ne sauriez croire comme le frisson m'a pris l'autre jour, quand j'ai revu la maison blanche; à peine ai-je depuis touché à du bœuf ou du porc, et on me doit deux pintes de rum en-sus de mes rations. ^lais , M. Simple , je vous ai fait ce récit en confidence , et je vous crois trop gentilhomme pour en répéter rien , car je ne saurais souffrir que de jeunes aspirants me raillent.
Je promis de ne pas souffler mot de l'histoire , et je tins parole; mais des circonstances que le lecteur apprendra par la suite, m'ont affranchi de ma promesse. Personne ne peut maintenant railler M. Glousse
Nous arrivâmes bientôt à la hauteur de la côte de