CHAPITRE XVIII
tite fille me présenta alors de la limonade ; je me levai sur mon séant et j'en bus un peu, mais ce seul effort épuisa mes forces. Je remis la tète sur mon oreiller, et comme O'Brien garda le silence, je m'endormis bientôt d'un profond sommeil. Je fus éveillé au bout d'une heure par le retour de l'officier, qu'accompagnait le chirurgien. L'officier parla en français à 0 Brien , qui ne répondit , comme auparavant, que par des signes de tète.
— Pourquoi , puisque vous le comprenez, dis-je à O'Brien, ne lui répondez-vous pas mieux ?
— Pierre, rappelez-vous que je suis censé ne pas savoir un mot de leur langue. J'entendrai ainsi ce qu'ils diront devant nous , et dans la croyance où ils seront que je ne puis les entendre, ils ne craindront pas de parler librement.
— Mais cela est-il honnête, O'Brien ?
— Si c'est honnête, demandez-vous? J'aurais dans ma poche un billet de cinq livres, et je ne voudrais pas le montrer à tous les passants j cela seraitil malhonnête ^
— Assurément non.
— Eh bien ! les deux cas ne sont-ils pas ce que les hommes de loi appellent identiques?
— Comme il vous plaira ; alors , je ne dirai rien, mais je pense que je devr. is les avertir, surtout lorsqu'ils sont si bons pour nous.
Pendant cette conversation, l'olTiçier, qui de temps en temps échangeait lui-même quelques paroles
avec le chirurgien, ne cessait de nous examiner fort attentivement. Sur ces entrefaites, deux autres individus arrivèrent dans la chambre ; Tun d'eux, s'adressaut à 0 Brien en fort mauvais anglais , lui annonça qu'il était interprète et le pria de vouloir bien répondre à diverses questions. Il lui demanda alors le nom de notre navire , le nombre des canons que nous avions à bord, et l'époque à laquelle avait commencé notre croisière , puis la force de la flotte anglaise , et encore beaucoup de choses roulant sur le même sujet. Chacune des demandes était posée en français par la personne qui était entrée avec l interprète , traduite par celui-ci , et consignée avec les réponses sur un registre. Tantôt, OBrien répondait correctement , tantôt , il prétendait ne rien savoir; quelquefois même il ne disait nullement la vérité. Mais je ne l'en blâmai pas , car il était de son devoir de ne pas donner des renseignements à Tennemi. Enfin ils s'informèrent de mon nom et de mon grade; OBrien les satisfit. — Étais-je noble ? demandèrent-ils encore.
— Oui, répliqua 0 Brien.
— Mais , 0 Brien, cela n'est pas, interrompis-je.
— Et qu'en savez-vous , Pierre? Vous êtes petitfils d'un lord.
— Soit; néaiunoins, j'ai beau l'avoir pour grandpère , je n'en suis pas plus noble moi-même. G'csl pourquoi détrompez ces messieurs.
— Corbleu ! Pierre, je l'ai dit et ne veux pas me