‹ Pierre Simple (volume 3)Chapitre 137 sur 219 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

àe misère , pendant laquelle nous restâmes assis sur nos valises , et dormimes comme nous le pûmes , le dos appuyé contre la muraille humide , nous fumes réveillés au point du jour par le grincement des verrous qu'on tirait, et Ton nous donna Tordre de passer dans la cour de la prison. Un détachement de soldats qui avaient leurs fusils chargés nous fit sortir pêle-mêle comme un troupeau de bétail, et à mesure que nous débouchâmes dans la cour, on nous rangea deux par deux. L'ollicier qui commandait la petite troupe chargée de notre surveillance, était le même qui nous avait envoyés en prison. 0 Brien sortit des rangs , et s'adressant à nos gardes , leur déclara que nous étions officiers, et comme tels avions droit à ne pas être traités comme de simples matelots. L'officier français répliqua qu il était mieux informé, et que nous portions des habits qui ne nous appartenaient pas. Sur ce , grande colère d'O'Brien ; il traita l'officier de menteur, lui demanda raison de son insulte , prit à témoin les soldats, et leur exposant que le colonel O'Brien en garnison à Cette était son compatriote et l'avait gardé deux mois prisonnier sur parole dans sa maison , leur demanda s'il en follait davantage pour établir qu'il était officier. Après avoir entendu cette explication , les soldats semblèrent prendre parti pour O'Brien ; ils se récrièrent qu'un simple matelot anglais ne parlerait pas si bien français; ils dirent qu'ils étaient présents lorsqu'on nous avait permis de faiie le^ voyage sur parole , et

demandèrent à roITicier s'il comptait donner satisfaction. L'officier écumait; il tira son sabre du fourreau, en donna un coup à O'Brien avec le plat de la lame , et avec un regard de mépris , lui ordonna de rentrer dans les rangs. Je ne pus m'empêcher, pendant cette scène, de remarquer que ceux des matelots prisonniers qui appartenaient à la marine royale étaient remplis d'indignation, et que ceux qui avaient été au contraire capturés sur des navires marchands paraissaient enchantés de l'insulte faite à O'Brien. Un des soldats français se permit alors contre son officier une mordante remarque; c'était qu'il n'aimait pas beaucoup le nom d'O'Brien. Cette réflexion irrita tellement l'officier, qu'il se précipita sur O'Brien , le repoussa dans les rangs , et tirant un pistolet , le menaça de lui brûler la cervelle. Je dois aux soldats français la justice de dire qu'ils s'écrièrent] tous que ce serait une honte. Ils semblaient n'avoir ni la discipline , ni le respect pour leurs chefs , qu'ont les soldats chez nous; sinon, ils eussent été moins libres dans leurs propos. Mais en même temps, ils obéissaient de la manière la plus ponctuelle à tous les ordres qui concernaient le service.

Lorsqu'O'Brien rentra dans les rangs , il regarda l'officier d^un air de défi, et lui déclara qu'il mettait soigneusement l'affi'ont dans sa poche, parce qu'il se proposait de l'en tirer à quelque jour dans une occasion plus convenable. On nous fit alors aligner deux par deux, et nous avançâmes dans cet ordre jusqu'à

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