CHAPITRE XIX
la porte de la rue où se trouvaient ^deux tambours et une foule immense de eurieux accourus pour voir notre départ. Les tambours battirent et nous partimes. L'oiTicier qui était chargé de nous escorter monta sur un petit cheval et ne cessa de galoper d'un bout à l'autre de la colonne , son sabre nu à la main, non plus que de menacer, de jurer et de frapper du plat de la lame tous ceux des prisonniers qui ne gardaient pas convenablement leur place. Un peu avant d'atteindre la porte de la ville, nous fumes rejoints par un autre détachement de captifs; on nous fit alors faire halte, et on nous informa, par l'intermédiaire d'un interprète , que quiconque tenterait de s'évader serait immédiatement passé par les armes, après quoi on nous ordonna de continuer notre route.
Rien de remarquable n'arriva pendant notre première journée de marche, excepté peut-être une curieuse conversation entre O'Brien et un des soldats français, dans laquelle ils discutèrent de la bravoure comparative des deux peuples; O'Brien, entre autres arguments, soutint au Français que ses compatriotes ne pourraient soutenir une charge de baïonnettes anglaises. Le soldat répondit que sans l'ombre d'un doute, les Français étaient tout aussi braves que les Anglais , même plus ; et que , quant à ne pouvoir soutenir une charge de baïonnettes , ce n'était pas qu'ils fussent moins braves, mais qu'à dire la vérité, ils étaient excessivement chatouilleux. Lorsque nous
fimes halte pour manger, on nous distribua du pain noir et du vin aigre. O'Brien voulut persuader à un soldat de nous acheter quelque chose qui fût moins mauvais ; mais Tofficier français l'entendit , entra dans une grande colère , et envoya le soldat à l'arriére-garde.