‹ Pierre Simple (volume 3)Chapitre 140 sur 219 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

rent rouvertes par les soldats qui nous avaient escortés depuis Toulon et qui nous conduisirent à la place delà ville. Nous y trouvâmes, rangées en ligne, avec leurs ofticiers, les troupes, dont un détachement devait nous servir d'escorte ce jour là , et nous en fûmes enchantés , car nous quittions ainsi le brutal à qui nous avions eu affaire juscp.i\Jors. Mais nous fûmes débarrassés de lui d'une autre manière. Tandis que les officiers français se promenaient le long de iK)S rangs pour nous regarder, j'aperçus parmi eux un capitaine avec qui nous avions fait intime connaissance pendant que nous demeurions à Cette chez le colonel O'Brien. Je prononçai aussitôt son nom; il se retourna, et nous voyant O'Brien et moi, il s'approcha , nous prit la main et nous témoigna la sui-prise de nous trouver dans une telle situation. 0 Brien lui expliqua comment nous avions été traités et il s'en indigna hautement , de même que tous les officiers qui s'étaient réunis autour de nous. Le major qui commandait les troupes de la garnison se tourna vers l'officier ( il n'était que lieutenant ) qui nous avait amenés de Toulon, et lui demanda pourquoi il s'était comporté à notre égard d'une manièi'e si indigne. Il nia nous avoir maltraités, et répéta qu il avait appris que nous portions des uniformes d'un grade qui ne nous appartenait pas. Sur ce , O'Brien s'écria qu'il était un menteur et un lâche, ({u'il l'avait frappé du plat de son sabre, et qu'il ne l'aurait pas osé s'il n'avait pas eu affaire à un pri-

sonnier; 0 Biien ajouta que pour lui, il demandait seulement raison de l'injure qu'il avait reçue , et en appela aux officiers pour dire si dans le cas où le lieutenant refuserait de se battre , ses epaulettes ne devraient pas lui être arrachées. Le major et les officiers se retirèrent à l'écart , et après avoir délibéré quelques minutes, reconnurent que le lieutenant était tenu de donner satisfaction. Le lieutenant répondit qu'il était prêt , mais en même temps ne parut pas très empressé. On laissa les prisonniers à la garde des soldats , sous la surveillance du plus jeune des officiers , tandis que les autres avec O'Brien , moi et le lieutenant, nous allâmes à une courte distance en dehors de la ville. Chemin faisant, je demandai à O'Brien avec quelles armes ils se battraient.

— Je suis sur , me répondit-il , que ce sera à l'épée.

— INIais, repris-je, est-ce que vous entendez quelque chose à l'escrime ?

— Du diable si j'y entends rien, Pierre; mais tant mieux pour moi.

— Et comment cela.

— Je vais vous le dire , Pierre : si deux hommes se battent en duel, et que l'un manie supérieurement l'épée , que l'autre , au contraire , ne s'en serve ni bien ni mal , il est clair que le premier crèvera le ventre du second ; mais si le second n'entend rien à l'escrime , oh ! alors , Pierre , le cas se complique , parce que le bon tireur est presque autant démonté

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