‹ Pierre Simple (volume 3)Chapitre 141 sur 219 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

par votre ignorance que vous l'êtes par son habileté, et qu'ainsi les chances deviennent plus égales. Maintenant, Pierre, je me figure que je dois éventrer ce drôle, et aussi sûr que je suis un O'Brien, je léventrerai.

— Je le souhaite de tout mon cœur; niais n'y comptez pas trop.

— C'est en y comptant que je ne manquerai pas de réussir , Pierre. Par le sang des O'Brien î ne m'a-t-il pas frappé du plat de son sabre comme si j'étais le paillasse d'une pantomime? Pierre, je tuerai cet infâme arlequin , et quand je dis une chose , c'est chose finie.

Ainsi causant , nous étions arrivés sur le terrain. Le lieutenant français se mit nu bras ; 0 Brien quitta non seulement son habit, mais ses bottes , et n'eut pas peur de marcher avec ses bas sur l'herbe encore humide. On mesura les épées et on les leur remit; ils prirent leurs distances et en garde! Je dois le dire , je ne respirais plus d'inquiétude ; l'idée de perdre 0 Brien , me glaçait de douleur et d'épouvante. Je sentais alors le prix de toute sa bonté pour moi , et j'aurais voulu prendre sa place , j'aurais voulu être tué plutôt que de lui voir attraper une égratignure. D'abord O'Brien , à l'imitation du lieutenant, se plaça dans la plus correcte attitude de défense, mais il n'y resta que quelques secondes; il fit soudain un bond , et se précipitant sur son adversaire il lui poussa des bottes avec une merveilleuse

rapidité. Long-temps le lieutenant ne put que se tenir sur la parade ; mais enfin il trouva l'instant de porter un coup à son tour. O'Brien qui n'avait plus le bras gauche levé pour faire contre-poids , empoigna Tépée du lieutenant à six pouces de la la poicle , et la retenant sous son bras en même temps qu'il se fendait , lui passa la sienne au travei^s du corps. Le duel fut terminé en moins d une minute, et le lieutenant ne survécut pas une demiheure. Les officiers français furent fort surpris de l'issue du combat , car ils avaient tout de suite vu qu'O Brien ne connaissait pas l'art de l'escrime. 0 Brien arracha une poignée d herbe, essuya Tépée qu'il rendit à Tofficier qui en était le propriétaire , et remerciant le major ainsi que tous les autres de leur impartialité et de leur généreuse conduite, il reprit le premier le chemin de la place et se replaça à son rang parmi les prisonniers.

Peu après, le major vint nous demander si nous voulions encore nous engager sur parole à n» pas nous évader , cas où il nous serait permis de faire la route comme il nous plairait. Nous y consentîmes , en le remerciant beaucoup de sa politesse et de sa bienveillance ; mais je ne pus'm'empêcher de croire dans le moment que les ofliciers français étaient un peu mortifiés de la victoire d 0 Brien quoique trop gens d honneur pour en laisser rien paraître. O'Brien m'avoua , après que nous fûmes sortis de la ville , que sans la manière honorable dont les

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