CHAPITRE XX
officier, du diable s'il est le moins du monde gentilhomme, de naissance ou d'éducation ; et je ne suis pas tenu à me porter caution de tous les goujats que je rencontre. Par la tète de St. -Patrice! je rougirais de me Aoir en sa compagnie , fût-ce dans le plus sauvage bourbier d Irlande et sans aulre témoin qu'une vieille corneille.
Nous redevînmes donc prisonniers sur parole, et nous n'eûmes plus qu'à nous applaudir de la politesse et de la bienveillance des divers officiers qui commandèrent les détachements par lesquels les prisonniers furent conduits d'une ville à l'autre. En peu de jours nous arrivâmes à jMontpellicr, et nous reçûmes l'ordre d'y rester jusqu'à ce que le gouvernement indiquât les dépôts vers lesquels on nous dirigerait. Nous jouimes dans cette délicieuse ville d'une liberté illimitée; car nous n'avions pas même de gendarme qui nous accompagnât. Nous mangions à table dhôte, nous allions nous promener où bon nous semblait, et nous passions agréablement chaque soirée au spectacle. Profitant de notre séjour, nous ccrivimes à Cette, au colonel O'Brien, pour le remercier encore de ses bontés à notre égard, et l'instruire des événements qui avaient eu lieu depuis notre séparation. J'écrivis aussi à Céleste, et j'enfermai ma lettre non cachetée dans celle que j'écrivais à son jxTe. Après lui avoir conté l'histoire du duel d'O'Brien et ce qui pouvait l'intéresser dans nos aventures , je lui marquai que j'étais bien triste de ni'ètre sép;iré
T. I. PIERRE SIMPLE. l8
d'elle, que je ne Voublierais jamais, et que j'espérais •que quelque jour , puisqu elle n'était qu'à demi française , nous pourrions nous revoir. Nous ne -quittâmes pas Montpellier sans avoir eu le plaisir de recevoir des réponses à nos lettres. Les lettres du ■colonel furent très - affectueuses , celle surtout qui m'était adressée. Il m'y appelait son cher enfant et me souhaitait de retourner bientôt parmi mes compatriotes pour devenir l'ornement de mon pavs. Dans sa lettre à O'Brien, il le priait de ne pas m'exposer à d'inutiles périls, de se rappeler que je n'étais ni d'un âge aussi avancé ni dune constitution aussi robuste que lui, et que par ces motifs je serais hors d'état de supporter d'aussi rudes fatigues. Je ne doute pas que ces conseils ne se rapportassent aux projets d'évasion d'O'Brien , projets qu'il n'avait pas dissùnulés au colonel, et à la probabilité que je courusse les chances de l'entreprise. La réponse de Céleste était d'un bout à l'autre en anglais , mais il fallait que son père l'eût aidée , sans quoi elle ne l'eut pas écrite si correctement. Sa missive, était comme elle , tendre et affectueuse , et se terminait aussi en me souhaitant un prompt et sûr retour auprès des personnes qui m'étaient cbères. Ces personneslà, disait elle, me devaient tellement chérir , qu'elle désespérait de jamais me l'evoir , mais qu'elle s'en consolait aussi bien que possible par la certitude que je serais heureux. J'oubliais de dire que , dans la lettre qu'il m'écrivait, le colonel O'Brien disait at-