CHAPITRE XX
tendre cruii jour à Tautie l'ordre de quitter Cette , et ne pas savoir si ce serait pour prendre le commandement de quelque poste militaire dans Tintérieur ou pour rejoindre l'armée. Il avait déjà disposé tout pour son départ, et avait peur que notre correspondance ne cessât forcément , faute de pouvoir nous indiquer où nous devrions adresser nos lettres. Je ne pus m'empècher de penser alors que c'était une manière délicate de nous prévenir qu'il ne lui était pas permis, vu nos situations relatives , de correspondre avec nous ; mais encore, je suis sûr qu'il devait réellement quitter Cette ; car jamais il n'eût fait usage d'un tel subterfuge.
Je dois mentionner ici une circonstance dont j'ai oublié d'instruire le lecteur ; c'est que , quand le capitaine Savage envoya un parlementaire nous porter nos effets et de l'argent , je pensai qu'il était de toute justice pour 0 Brien qu'on apprit à bord la courageuse conduite qu'il avait tenue. Je savais que lui-même n'en soufllerait pas mot ; donc , tout malade que j'étais alors, je mandai prés de mon lit le colonel O'Brien , et je le priai d'écrire, sous ma dictée, une narration de toute l'affaire, dans laquelle je mentionnais comment 0 Brien avait encloué le dernier canon et avait été fait prisonnier tant pour ce trait de présence d'esprit que pour avoir voulu me sauver. Lorsque le colonel eut écrit tout, je le priai encore d'envoyer quérir le major qui était entré le premier dans la batterie avec les troupes, et de le lui
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traduire en français. Il ie fit en ma présence, et le major déclara que chaque mot était vrai. — Voudrait-il le certifierde sa signature, colonel ?demandai-je; car ce certificat pourrait être d'une grande utilité à O'Brien. Le major consentit aussitôt, le colonel O'Brien ferma alors ma lettreen y joignant pour son propre compte quelques lignes où il présentait ses compliments au capitaine Savage , et lui assurait que ses jeunes et braves compatriotes seraient traités avec tous les égards que les règles de la guerre permettraient. O'Brien ne sut jamais qu'une semblable lettre fût écrite; car le colonel, à ma prière, garda le secret.
Au bout de dix jours , nous reçûmes l'ordre de nous remettre en marche le matin suivant. Les matelots , parmi lesquels se trouvait notre pauvre ami l'aspirant du cutter le Capricieux, hwent dirigés sur Verdun ; O'Brien et moi , avec huit maîtres de vaisseaux marchands qui nous joignirent à Montpellier, nous primes, comme le gouvernement l'avait décidé, la route de Givet , ville forte du département des Ardennes. Mais en même temps l'autorité supérieure prescrivit d'user à l'égard des prisonniers , dune extrême rigueur, et de ne s'en remettre à la parole d'aucun d'eux. La raison de ces mesures, apprimesnous, était que l'autorité supérieure avait été instruite de la mort du lieutenant qui s'était battu en duel avec O'Brien , et avait témoigné un vif mécontentement de ce ({u'on eut permis ce duel. A dire vrai , je doute fort qu'on eût montré plus dindul-