‹ Pierre Simple (volume 3)Chapitre 145 sur 219 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

gence dans notre pays, mais les officiers fi-ancais ont de 1 honneur des idées presque chevaleresques. Dans le fait, comme ennemis, je les ai toujours regardés comme de dignes antagonistes des Anglais, et ils me paraissent, sous ce point de vue, mériter de notre part plus d'estime et plus de bienveillance que quand nous avons affaire à eux comme amis et sommes en contact avec les autres points de leurs caractères qui ne nous permettent pas de les estimer autant.

Je ne m'étendrai pas sur une marche de trois semaines, pendant laquelle nous fumes alternativement traités bien ou mal, suivant les dispositions de ceux qui étaient chargés de nous ; mais je dois observer ce qui fut invariable , que les ofliciers qui étaient gentilshommes de naissance nous traitèrent avec égard , tandis que ceux qui s'étaient élevés de rien pendant la révolution se montrèrent durs et quelquefois même cruels. Il y avait juste quatre mois que durait notre captivité , quand nous arrivâmes à Givet, dont les prisons nous étaient destinées.

— Pierre , me dit O'Brien , tandis qu'il jetait un rapide coup-d'œil sur les fortifications et sur le fleuve qui séparait les deux villes, je ne vois pas pourquoi, malgré vent et marée, nous ne mangerions pas notre diner de Noël en Angleterre. J'ai examiné à vol d'oiseau l'extérieur de la place , et je n'ai plus maintenant qu'à savoir où l'on va nous loger dans l'intérieur.

Je dois dire que quand je vis les profonds fossés

et les hauts remparts , j'eus une opinion différente. Comme moi pensait certain gendarme, qui, marchant prés de nous, avait remarqué l'attention dO'Brien, et qui se contenta de lui dire tranquillement en français : Le croyez»^vous possible?

— Tout est possible à un brave; les armées fran çaises l'ont prouvé, répondit O'Brien.

— Vous avez raison, répliqua le gendarme, charmé du compliment fait à sa nation ; je vous souhaite bon succès, vous le méritez; mais — Et il secoua la tête.

— Si je pouvais seulement me procurer un plan de la forteresse , reprit O'Brien , je le paierais cinq napoléons. Et il regarda le gendarme.

— Je ne vois aucun inconvénient, répartit le gendarme, à ce qu'un officier, quoique prisonnier de guerre , étudie les fortifications. Dans deux heures vous serez dans l'enceinte des murs ; et maintenant que j'y songe sur le plan des deux villes, la forteresse est assez exactement dessinée pourque vousen puissiez prendre une idée. Mais nous avons déjà causé trop long-temps. Et à ces mots, notre homme se retira à l'arrière-garde.

En un quart d'heure , nous parvînmes à la place d'armes, et , comme de coutume, nous y trouvâmes un autre détachement de troupes, qui, tambours en tête, nous promena par toute la ville avant de nous conduire à l'hôtel du gouverneur. Nous faisions , j'aurais du l'observer, par ordre du gouvernement,

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