‹ Pierre Simple (volume 3)Chapitre 149 sur 219 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

eu a tant parmi eux à qui on ne jDeut se lier, que je veux n'avoir confiance dans aucun. Il y avait environ deux moisque nous étions à Givet, lorsqu'un extraitdu tableau mensuel du roulement des ofliciersde la marine britannique v fut envoyé à un lieutenant qui partageait notre captivité. Le lieutenant vint trouver O'Brien, et lui demanda son nom de baptême. — Terence, si je ne me trompe, répondit O'Brien.

— Alors, répliqua le lieutenant , je puis vous féliciter de votre promotion ; car vous êtes ici sur le tableau du mois daoût.

— Assurément, ce doit être quelque erreur. Permettez que je voie. Terence O'Brien, plus de doute. Mais, maintenant , il s'agit de savoir si ce n'est pas quelque drôle qui m'a volé et mes noms et mon avancement. Corbleu 1 dans le cas contraire , d'où me vient ce coup de fortune 1 D'un côté, je n'ai pas sollicité; non, pas un mot; de l'autre, je n'ai jamais eu pour moi plus de faveur que pour un chien qui chippe la pâté d'un chat.

— Vraiment, 0 Brien, interrompis-je, je ne vois pas poiu'quoi vous ne monteriez pas en grade. Par exemple, vous méritez bien votre promotion après la conduite que vous avez tenue quand on vous a fait prisonnier.

— Et, s'il vous plaît, quel autre exploit, M. Pierre Simple, le bien nommé, ai-je alors accompli que de vous prendre sur mon dos comme font tous les matelots de leurs hamacs au coup de sifllet du contre-

maître ? Au surplus , comment a-t-on découvert ce qui s'est passé dans la batterie ? Nous n'y étions que trois, vous, moi et l'armurier, qui même était mort. Expliquez cela, Pierre, si vous le pouvez.

— Je crois le pouvoir, répondis-je , après que le lieutenant nous eut quittés. Alors je contai à O'Brien que j'avais écrit au capitaine Savage, et demandé au major lui-même qui nous avait faits prisonniers une attestation des faits.

— Eh bien ! Pierre, dit O'Brien après un instant de silence , c'est la fable du lion et de la souris. Si c'est grâce à vous que j'ai obtenu mon avancement, alors , sur ma foi , la souris est une béte plus rusée que le lion ; mais au lieu d'être heureux , je vais maintenant être misérable jusqu'à ce que la vérité me soit authentiquement démontrée d'une manière ou d'une autre; et c'est une raison de plus pour que ie me hâte de retourner en Angleterre.

Pendant plusieurs jours O'Biien fut en proie à une pénible incertitude; mais heureusement, il nous arriva des lettres vers cette époque. Dans une que m'écrivait mon père, il me priait de tirer sur lui tout l'argent dont j'aurais besoin, et me disait que ma famille se résignait à toute sorte de privation pour me donner tous les soulagements qu'il serait possible d'apporter à mon malheureux sort. Je pleurai à cette marque de tendresse , et j'aurais , plus que jamais, voulu pouvoir me jeter dans ses bras pour lui exprimer ma reconnaissance. Il me marquait aussi que

Page 1