‹ Pierre Simple (volume 3)Chapitre 15 sur 219 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

qu'elle ne me servît presque de rien. En arrivant, je m'informai d'une voix tremblante si le capitaineThomas Kirkwall Savage, du vaisseau de Sa Majesté, le Dioméde, y était. Le garçon répondit qu'il déjeunait avec le capitaine Courtnay, mais qu'il pouvait lui porter mon nom. Je le lui donnai , et revenant au au bout d'une minute, il me pria de monter. Ob ! comme mon cœur battait ! je n'eus jamais si peur ! je crus que j'allais tomber sur les marcbes de l'escalier. Deux fois je voulus entrer dans l'appartement, et chaque fois les jambes me manquèrent. Enfin j'essuyai la sueur qui me couvrait le front, et par un effort de désespoir j'entrai.

— M. Simple, je suis enchanté de vous voir, dit une voix. Je tenais la tète basse , car je n'osais regarder le capitaine, mais la voix était si douce que je repris courage ; et quand je levai les yeux, je vis devant moi, avec l'uniforme, les epaulettes, et l'épée au côté, le voyageur au manteau écossais qui avait failli ouvrir ma lettre, et à qui j'avais dit en face qu'il n'était pas gentilhomme.

Je crus que j'allais mourir comme cet autre aspi- ■ rant qui était mort sur la malle. Déjà je tombais à genoux pour demander grâce lorsque le capitaine, s'apercevant de ma confusion, éclata de rire, et me dit : — Vous me reconnaissez donc , M. Simple? Allons, ne vous alarmez pas, vous avez fi it votre devoir en ne me laissant pas ouvrir la lettre, dans la persuasion où vous étiez qu'elle port?^it l'adresse

d'une autre personne que moi , et c'était parfaitement votre droit , cette hypothèse adiiiise , de me dire que vous ne me regardiez plus comme un gentilhomme. Je ne puis que louer votre conduite. Maintenant, asseyez-vous là et partagez notre déjeuner.

— Capitaine Courtnay, dit-il à son autre convive, c'est un de mes aspirants qui entre au service. Nous avons voyagé hier dans la môme diligence. Il lui conta alors notre aventure, et tous deux en rirent de bon cœur.

Je commençai dès-lors à me remettre un peu; mais il y avait encore l'affaire du spectacle , et je pensais que peut-être il ne me reconnaissait pas. Néanmoins je fus hientôt tiré d'inquiétude par suite d'une question que l'autre capitaine lui adressa. — Etiez-vous au spectacle hier soir, Savage.^ demanda-t-il.

— Non; je dinais chez l'amiral, et l'on ne peut quitter ses filles : elles sont si aimables !

— Je croirais volontiers que vous êtes pris de ce côté-là .

— Point, sur ma parole. Je pourrais l'être si j'avais le temps de découvrir laquelle me plait le plus; mais mon vaisseau est présentement ma femme, et la seule femme que je me propose d avoir jusqu'à ce qu'on me mette à la retraite.

Bien, pensai-je; s'il n'était pas au spectacle, ce n'a pu être lui que j'ai insulté. Que je puisse donc seulement lui faire avaler le rum , et nous voilà bons amis.

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