‹ Pierre Simple (volume 3)Chapitre 16 sur 219 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

— INÏais, M, Simple , comment vont le papa et la maman ? me dit le capitaine.

— Fort bien , je vous remercie, monsieur; et ils me chargent de vous présenter leurs compliments.

— Je leur en ai beaucoup de reconnaissance. Maintenant, jeune homme, je crois que plus tôt vous irez à bord et vous instruirez de vos devoirs , mieux il vaudra.

Juste ce cpie l'aspirant m'a dit; les mêmes mots, pensai-je; alors il faut que tout soit vrai. Et je me remis à trembler. — J'ai à vous donner un petit avis, continua le capitaine. D abord , obéissez sans hésitation à vos ofiiciers supérieurs; c'est à moi, et non à vous , de juger si un ordre est juste ou injuste. Ensuite il ne faut jamais jurer, jamais boire de spiritueux. Jurer , est immoral et indigne d'un homme bien élevé; boire, est une dangereuse habitude qui vous resterait. Ne prenant jamais de liqueurs fortes moi-même je tiens à ce que mes jeunes gens imitent mon abstinence. Vous pouvez maintenant vous retirer; et dés que vos uniformes arriveront, rendez-vous à bord. D'ici là , comme je connais un peu votre caractère depuis que nous avons voyagé ensemble , laissez-moi vous recommander de ne pas trop vous familiariser à la première vue avec les personnes que vous rencontrez , sans quoi vous commettrez quelque sottise. Bonjour.

Je me retirai avec une belle révérence, ravi que j'étais d'avoir triomphé si facilement de ce qui m'a-

vait paru un chaos de difiicultés. Toutefois je ne concevais pas que les dires de Vaspirant s'accordassent si peu avec le langage et la conduite du capitaine. Lorsque j 'arrivai aux Poteaux-Bleus, je trouvai tous mes futurs camarades au café, et leur fis de point en point le récit de ma visite. Comme je finissais, ils éclatèrent de rire en me disant qu'ils n'avaient que voulu plaisanter avec moi. — Bien î répliquai-je à celui d'entr'eux qui était venu le matin dans ma chambre, appelez cela plaisanter, si bon vous semble, mais je l'appelle mentir.

— S'il vous plait, IM. Vert-bouteille, est-ce à moi que vous parlez ?

— Oui certainement.

— Alors , monsieur , en ma qualité de gentilhomme, je vous demande satisfaction. Que le diable m'enlève ; mais la mort avant le déshonneur !

— Quoiqu'il me répugne de me battre en duel, je ne refuserai pas , monsieur. ^lon père ma fait ses recommandations sur ce sujet, et prié , autant que possible, déviter un tel genre de combat, parce que c'était intervertir Tordre des décrets de la Providence; mais sachant bien que j'avais à conserver ma réputation comme officier, il s'en est remis à ma propre discrétion, en casque je fusse jamais assez malheureux pour me trouver dans un tel dilemme.

— Eh i nous n'avons pas besoin d un sermon réchauffé de votre père , répliqua l'aspirant ; car je leur avais dit que mon père était ministre ; la

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