CHAPITRE XXT. 29î
lit. Si , au contraire, je tire et laisse retomber trois ou quatre fois la corde, mettez-vous à grimper le plus vite possible. O'Brien se chargea alors de la seconde corde, des deux havres-sacs, de leviers en fer, ainsi que d'autres outils qu'il s'était procuréS;, et enfin du parapluie. — Pierre, si la corde peut me porter avec tout ce bagage, il est clair qu'elle portera un bambin comme vous; n'ayez donc aucune peur. Cela dit à voix basse, il commença son ascension ; en moins de trois minutes il était en haut, et la corde s'agita. Je le sui\ds immédiatement, je trouvai qu'il était facile de grimper à la corde, grâce aux nœuds dont elle était garnie sur toute sa longueur et qui me donnaient un point dappui pour mes pieds, et je montai en aussi peu de temps qu'O'Brien lui-même. Il m'empoigna par le collet en me mettant sa main humide sur la bouche, et je restai étendu près de lui pendant qu'il retira la corde. Nous nous traînâmes alors sur le ventre pour traverser le glacis et arriver aux remparts. Le vent soufflait toujours avec rage, et la pluie tombait en telle abondance que les sentinelles ne nous aperçurent même pas ; ce ne fut aucunement leur faute ; car il était impossible de nous distinguer à deux toises. Il fallut quelque temps à 0 Brien pour trouver l'endroit exactement situé au-dessus du pont-levis du premier fossé; enfin il le trouva , y enfonça un de ses leviers , et laissa tomber la corde. — Mieirx vaut encore , Pierre , me dit-il , que je descende le premier. Si je remue la corde, c'est que
tout ira bien. Il descendit alors, et au bout de quelques minutes la corde s'agita comme la première fois. Je le suivis donc, et me trouvai bientôt dans ses bras au point de support du pont-levis j mais le pont lui-même était levé. 0 Bricn traversa au moyen des chaînes, et j'en fis autant. Lorsque nous eûmes franchi le fossé, nous rencontrâmes une grille, qui, bien entendu, n'était pas ouverte. Désappointement de notre part. O'Brien tira ses rossignols pour crocheter la serrure , mais sans succès , et nous étions arrêtés là. — O'Brien, lui dis-je tout à coup, il nous faut miner cette grille; il nous faut enlever les pavés et la terre jusqu'à ce que nous ayons la place pour nous glisser par-dessous. — Pierre, me répondit-il, vous êtes un garçon d'esprit; cette idée-là ne me venait pas. Nous travaillâmes ferme jusqu'à ce que le trou fut assez large, en nous servant d'un levier qui nous restait et d'une espèce de vrille qu'O'Brien avait sur lui. Par ces moyens nous pûmes passer au bout d'un peu plus d'une heure. La grille en question menait au rempart inférieur; mais nous avions un chemin couvert à parcourir avant d'y arriver. Nous avancions avec beaucoup de précaution lorsque nous entendîmes du bruit. Faisant halte, nous reconnûmes que c'était une sentinelle qui dormait profondément et ronflait. Ne nous attendant guère à en trouver une là , nous fûmes très embarrassés. Nous pouvions bien passer par-dessus un corps, mais ce n'était plus notre affaire, car elle était étendue à l'endroit môme où il