‹ Pierre Simple (volume 3)Chapitre 154 sur 219 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

nous délogeons , qu'il ne s'en trouve quelqu'un sur notre passage. J'ai réfléchi à ce que nous pouvons faire de mieux avant de vous réveiller; or, il me Semble que c'est de monter sur cet arbre et de nous y tenir cois.

Nous étions alors cachés dans un épais taillis au centre duquel se trouvait un gros chêne couvert de lierre. — Je crois aussi que c'est le plus sage, O'Brien. Faut-il monter tout de suite ou attendre un peu?

— Tout de suite, certes, pendant qu'ils mangent une bouchée. Allons, haut-là, Pierre, je vais vous aider.

O'Brien me hissa sur l'arbre, et après n'avoir pris que le temps de cacher son havre-sac parmi les feuilles , il vint me rejoindre. Il me fit placer, dans un endroit où je fus délicieusement , sur la première branche de l'arbre , et se plaça lui-même sur une autre des plus fortes branches, parmi des touffes de lierre. Nous y restâmes environ une heure avant que le jour ne parut, et alors nous vîmes les gendarmes, après s'être réunis un instant autour du caporal , se séparer tous dans des directions différentes pour battre lebois. Nous fumes enchantés d'une telle manœuvre; car nous espérions pouvoir bientôt déguerpir; mais il y eut un gendarme qui resta. 11 se mit à aller et à venir, à fureter partout, et arriva précisément sous l'arbre dans lequel nous étions cachés. Il rôda tout alentour, et enfin trouva le lit de feuilles sur

lequel nous avions passé la nuit ; il les remua mainte et mainte fois avec sa baïonnette, et à force de chercher, découvrit nos havre-sacs. — Parbleu! s'écriat-il, quand le nid et les œufs sont là, les oiseaux ne doivent pas être loin. 11 fit alors le tour du chêne, et l'examina dans tous les sens; mais nous étions bien cachés, et il ne put nous apercevoir de quelque temps. A la fin il me vit, et m'ordonna de descendre. Je ne tins aucun compte de cet ordre , car O'Brien ne me disait mot. Le gendarme s'éloigna un peu , et alla se poster juste sous la branche sur laquelle était perché OBrien. De là je lui offrais un bien meilleur point de mire; aussi , me couchant en joue : — Descendez , ou je tire I me cria-t-il. Je demeurai encore immobile ; car je ne savais que faire, je fermai les yeux cependant , le coup partit peu après , et j'ignore si ce fut la frayeur , mais je lâchai tout d'un coup les mains et tombai à terre. Je fus étourdi delà chute , et je croyais avoir été nécessairement blessé; mais il se trouva, à mon grand étonnemeiit, que je ne l'étais point , et ce qui me surprit encore davantage fut de voir 0 Brien venir à moi au lieu du gendarme et me demander si j'avais du mal. Je répondis qu'il me semblait n'en pas avoir , et me remettant sur mes pieds, je vis le gendarme , qui , étendu à terre, respirait encore avec peine, mais était privé de connaissance. Quand O'Brien l'avait vu m'ajuster avec son mousquet , il s'était aussitôt laissé choir de la branche qu'il occupait , et était tombé droit sur sa

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