‹ Pierre Simple (volume 3)Chapitre 156 sur 219 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

nuire à toute la famille , mais qui avait refusé de le faire. 0 Brien empocha la lettre , remplit son flacon à eau-de-vie, salua toutes les femmes , et quitta le cabaret en me tirant après lui au bout d'une corde. La seule différence d'O'Brien à moi , comme il l'observa lui-même chemin faisant, fut qu'à notre départ il avait embrassé toutes les femmes , et que les femmes m'avaient embrassé toutes. Voyageant de cette manière , nous avions déjà franchi Charleroy et Louvain , et nous n'étions plus qu'à quelques milles de Malines , quand ceï'taine circonstance vint nous mettre dans un terrible embarras. Nous cherchions à éviter Malines , qui était une ville forte, et nous arrivions eii cet instant à une route étroite que des fosses profondes remplies d'eau, bordaient de chaque côté ; au détour d'un coude que cette route faisait soudain , nous rencontrâmes le gendarme qui avait procuré à O'Brien le plan de la ville de Givet. — Bonjour, camarade, dit-il à O'Brien en le regardant avec attention ; qui menez-vous donc là?

Un jeune x\nglais que j'ai attrapé prés d'ici, et qui s'était évadé de prison.

— De quelle prison ?

— Il ne veut pas le dire ; mais je soupçonne que c'est de Givet.

Il y en a même deux qui se sont échappés de là. Comment ils ont pu faire, personne ne s'en doute j mais , ajouta-t-il en fixant de nouveau les yeux sur 0 Brien, avec les braves il n'y a rien d impossible.

— Bien dit, toutefois j'en ai repris un ; l'autre ne doit pas être loin, vous devriez vous mettre à sa recherche.

— J'aimerais certes à le trouver ; car vous n*ignorez pas que quand on repince un prisonnier qui s'évade , on est sûr d'avoir de l'avancement. Vous serez fait caporal, vous.

— Tant mieux. Adieu, mon ami.

— Bah! je ne suis venu que pour me promener , et je retournerai avec vous à Malines , où vraisemblablement vous allez de ce pas.

— Oh ! nous n'y arriverons pas ce soir ; mon prisonnier est trop fatigué.

Eh bien! alors, nous irons aussi loin que nous le pourrons,, et je vous aiderai. Peut-être trouveronsnous le second, qui, ai-je entendu dire , s'était de manière ou d'autre procuré un plan de la forteresse.

Nous comprîmes sur-le-champ que nous étions découverts; il nous dit ensuite qu'on avait trouvé dans le bois le corps d'un gendarme qui avait sans doute été assassiné par les deux prisonniers , et que son cadavre était absolument nu.

— Je me demande , continue-t-il, si un des deux Anglais n'aurait pas endossé l'uniforme du pauvre diable, et ne se donnerait pas pour gendarme.

— Pierre, me demanda O'Brien , faut-il tuer cet homme .^

— Non , je ne crois pas , lui répondis-je. Ayez

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