‹ Pierre Simple (volume 3)Chapitre 164 sur 219 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

lonel O'Brien avait disparu , mais Céleste était de retour comme si elle eût pensé que je devais revenir. Je lui présentai le chapeau ; elle y enfonça la main , car j'étais à même hauteur qu'elle, et le poids fit baisser le chapeau. Jen retirai , sans qu'on la vit, une bourse que je cachai dans mon sein. Céleste quitta alors la fenêtre, et quand elle se fut renfoncée dans l'appartement, me donna un baiser du bout de ses jolis doigts , puis gagna la porte et sortit. Je demeurai un moment stupéfait ; mais O'Brien me tira de ma stupeur et nous quittâmes la grande place pour aller chercher un gite dans un modeste cabaret. En examinant la bourse, j'y trouvai cinquante napoléons ; Céleste devait les avoir obtenus de son père. Je les baignai de mes larmes , larmes de joie î O'Brien fut aussi très ému de la bonté du colonel. — C'est un véritable 0 Brien, de la tète aux pieds, dit-ilj rien, pas même ce maudit pays, ne peut gâter la race.

Nous apprîmes au cabaret où nous logeâmes que l'officier de l'hôtel venait d'être nommé commandant du fort de Beig-op-zoom , et se rendait à son poste.

— Il ne faut plus, s il est possible, nous exposer à le rencontrer, dit 0 Brien ; ce serait lui donner de trop rudes combats à soutenir entre sa bienveillance pour nous et l'exigence de ses devoirs. Je crois aussi que nous devrons nous abstenir désormais de monter sur nos échasses dans ce pays de chaussées -, donc,

318 PIERRE SiaiPLE.

Pierre , nous quitterons cette ville au plus tôt , et alors nous inventerons du neuf.

Nous quittâmes Malines le lendemain dès la pointe du jour; mais la veille au soir, O'Brien s'était procuré divers vêtements du genre de ceux que les paysans portent. Quand nous fûmes à quelques milles de Saint-Nicolas, nous jetâmes nos échasses ainsi que nos costumes d'habitants des Landes , et nous mîmes les habits qu'O Brien avait achetés. Il n'avait pas oublié de nous pourvoir chacun d'une grosse couverture brune, et chacun de nous roula la sienne sur ses épaules , comme les soldats font de leur capote.

— Mais, pour qui nous ferons-nous passer maintenant, O'Brien?

■> — Pierre, c'est une question que je déciderai avant la nuit. Ma tète travaille, mais j'aime à m'en remettre au hasard du soin de m' envoyer de temps à autre une bonne idée. En attendant , il nous faut marcher plus vite , sans quoi nous allons être ensevelis sous la neige.

Le temps était horriblement froid et il avait abondamment neigé tout le jour ; mais quoiqu'il fût presque nuit, nous avions une magnifique lune pour nous éclairei\ Nous marchâmes vite et nous aperçûmes bientôt des voyageurs devant nous. — Rejoignons-les , dit 0 Brien , peut-être obtiendronsnous d'utiles renseignements. Nous les rejoignîmes et nous reconnûmes que c étaient deux garçons de

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